Cela fait déjà un moment que le “phénomène” des cou­ples où la femme est d’une supéri­or­ité d’âge mar­quée par rap­port à son parte­naire n’est plus vrai­ment un tabou — même s’il a gardé un petit côté sen­sa­tion­nel, jusqu’au curieux surnom don­né à la femme d’un tel cas d’é­tude : “cougar”. Au point que même les mag­a­zines peo­ple, un temps nour­ris de l’ex­em­ple de Demi Moore et Ash­ton Kutch­er, en font des titres moins gros qu’a­vant. Pour­tant, The Rebound, le nou­veau film de Bart Fre­undlich, prend l’af­faire plutôt au sérieux.

“Rides tenaces”

En comédie roman­tique améri­caine actuelle qui se respecte, The Rebound sait com­ment con­serv­er un teint frais avec quelques com­posants cos­mé­tiques sim­ples : notam­ment un thème d’ac­tu­al­ité qu’on peut piocher jusque dans les arti­cles de presse sur la psy­cholo­gie du cou­ple — les “cougars”, donc — et des sec­onds rôles hauts en couleur à fort poten­tiel en scènes comiques totale­ment périphériques, comme ici Art Gar­funkel (oui, l’ex-parte­naire musi­cal de Paul Simon) en père juif embar­ras­sant. Sous le fond de teint, cepen­dant, on retrou­ve des rides tenaces. Dans cette ren­con­tre orchestrée entre un jeune homme un peu geek de 25 ans, frag­ilisé dans sa jeune vie amoureuse, et une mère divor­cée quadragé­naire qui l’embauche comme babysit­ter, on anticipe vite que le savoir-faire hol­ly­woo­d­i­en pour­ra dif­fi­cile­ment laiss­er de côté les effets de drama­ti­sa­tion autour de son “sujet de société”, les bâtons qu’il va met­tre dans les roues de son cou­ple mal assor­ti, et, avec son effi­cac­ité habituelle, ériger tout cela en représen­ta­tion du monde tel que le sys­tème à l’origine du film le voit.

“Recycler l’air du temps”

Surtout on ne voit jamais le scé­nar­iste-réal­isa­teur Bart Fre­undlich — pour­tant époux d’une Julianne Moore âgée de neuf ans de plus que lui — en posi­tion de faire trem­bler les con­ven­tions, fût-ce sous le man­teau d’un clas­si­cisme dis­cret. Fre­undlich joue un dou­ble jeu typ­ique­ment hol­ly­woo­d­i­en. D’un côté, il fait mine de banalis­er la chose en cumu­lant les béquilles pour la ren­dre accept­able aux yeux du pub­lic le plus réfrac­taire — si bien qu’on ne voit alors que les béquilles. Ain­si, il est évi­dent que l’é­cart d’âge passera beau­coup mieux auprès des âmes sen­si­bles quand l’aînée a le glam­our raje­u­nis­sant de Cather­ine Zeta-Jones et le cadet a de toute évi­dence besoin d’un sou­tien féminin. De même, toute évo­ca­tion de sex­u­al­ité entre eux sera sys­té­ma­tique­ment désamor­cée : ain­si, un coït en amorce sera inter­rompu par un mar­mot (effet comique obligé), et on n’ap­pren­dra qu’ils ont finale­ment con­som­mé que par l’an­nonce d’un bébé en route (expé­di­ent cache-sexe clas­sique). Ce qui con­duit à l’autre facette du dou­ble jeu du film, atten­due et jamais déjouée : la drama­ti­sa­tion de la ques­tion de la dif­férence d’âge, celle qui va en faire arbi­traire­ment un “prob­lème” alors que ce ne l’est évidem­ment que dans la con­ven­tion. Où on aura bien sûr droit à la scène déclarant — et tem­pérant molle­ment, pour la forme — que vivre en cou­ple avec quinze ans d’é­cart, c’est com­pliqué, surtout entre vingt et quar­ante ans. Et le film de devenir une nou­velle démon­stra­tion de la capac­ité de Hol­ly­wood à recy­cler l’air du temps en illus­tra­tions hyp­ocrites de ses pro­pres sem­piter­nels réflex­es con­ser­va­teurs, quitte à man­i­fester une méfi­ance démesurée vis-à-vis d’un cas d’at­ti­rance sex­uelle qui ne saurait désor­mais cho­quer que son pub­lic le plus rétro­grade.