Rock For­ev­er, c’est tout l’art de trans­former un suc­cès rock de Broad­way et du West End en un diver­tisse­ment plutôt médiocre. Car mal­gré un cast­ing cinq étoiles et l’abattage de Tom Cruise, le film oscille molle­ment entre le kitsch mal dégrossi et un sec­ond degré trop timide pour nous élec­tris­er !

Rock For­ev­er est symp­to­ma­tique de cette nou­velle vague de comédies musi­cales dites « juke­box » qui bro­dent une intrigue autour des suc­cès d’un artiste ou d’un genre musi­cal. Là où Mam­ma Mia revis­i­tait les tubes d’ABBA sous le soleil des Cyclades, Rock For­ev­er par­court ain­si une décen­nie de rock eight­ies plus proche du rock FM, recon­nais­sons-le, que du hard-rock pur et dur. Sur scène, les spec­ta­teurs peu­vent se con­tenter facile­ment d’un embry­on d’histoire. L’énergie des chanteurs et l’euphorie de la mise en scène font le reste. Au ciné­ma, par con­tre, les faib­less­es dra­maturgiques s’exhibent dans toute leur hor­reur. Rock For­ev­er nous sert ain­si, pen­dant deux heures, une intrigue foutraque sans grand intérêt (dont on perçoit ça et là des clins d’œil à Foot­loose et autres Grease). Se mélange ain­si, entre deux chan­sons de Def Lep­pard, For­eign­er, Poi­son ou Twist­ed Sis­ter, l’histoire d’amour d’une provin­ciale et d’un appren­ti chanteur, les déboires d’une rock-star adulée ou encore la cam­pagne anti-rock d’un groupe de puri­tains.

Il y avait pour­tant une bonne idée dans ce pro­jet : celle de met­tre un peu de rock dans le musi­cal, et dépous­siér­er ain­si le genre avec un style de musique qui lui était, au pre­mier abord, com­plète­ment étranger. L’esprit « années 1980 », péri­ode à laque­lle se situe l’histoire, avait égale­ment de quoi séduire. La recon­sti­tu­tion s’amuse d’ailleurs de l’effet « petite madeleine de Proust ». Les looks improb­a­bles où le cuir est roi sont évidem­ment à la fête. Les esprits nos­tal­giques pren­dront égale­ment plaisir à revoir les pre­mières arcades où l’on jouait à Don­key Kong, ou encore les mag­a­sins rem­plis de 33 tours et cas­settes audio. Pour­tant, Adam Shankman (à qui l’on doit le pour­tant réus­si Hair­spray) n’en fait pas grand-chose. Pire encore, il rend presque son film ringard tant sa mise en scène est approx­i­ma­tive et peu imag­i­na­tive. Plus d’une fois, on est amené à se deman­der si le réal­isa­teur est dans le pre­mier degré (et donc le mau­vais goût) ou s’il prend la voie du pas­tiche à la Hot Shots. Pour fonc­tion­ner à bloc, le film aurait dû pouss­er le délire et la par­o­die beau­coup plus loin, comme le fait le spec­ta­cle orig­i­nal. Du coup, le cast­ing paraît sous-exploité. À com­mencer par Cather­ine Zeta-Jones, la « méchante » du film que l’on a con­nue plus inspirée. Alec Bald­win n’est pas mieux servi avec un per­son­nage de man­ag­er, au mieux sym­pa­thique, au pire car­i­cat­ur­al. Finale­ment, Tom Cruise est le seul à s’en sor­tir avec les hon­neurs, dans un rôle qui aurait pu vite être casse-gueule. La peau lisse et les abdos sail­lants, il réus­sit à nous faire croire à son statut d’icône du rock hys­térique, droguée et un brin obsédée. Mais c’est une mai­gre con­so­la­tion. Et pour peu que l’on soit com­plète­ment étranger à la cul­ture musi­cale du film (très anglo-sax­onne, recon­nais­sons-le), Rock For­ev­er se mon­tr­era vite pour ce qu’il est : une avalanche de bruit inutile et sans fureur.