Psy­chomagie, un art pour guérir s’ouvre sur l’arrivée à l’image d’Alejandro Jodor­owsky. Dans une cour parisi­enne, le facétieux réal­isa­teur se présente comme l’é­gal de Freud en com­para­nt la nais­sance de la psy­ch­analyse et celle de la psy­chomagie. Reste que Jodor­owsky tient à dis­tinguer les deux dis­ci­plines : là où la psy­ch­analyse freu­di­enne s’arrêterait à l’analyse des symp­tômes, la psy­chomagie de Jodor­owsky viendrait y ajouter une mise en pra­tique d’actes et de gestes aux ver­tus cura­tri­ces et thérapeu­tiques. Le cinéaste fran­co-chilien s’exhibe ici en guéris­seur mys­tique, n’hésitant pas à soulign­er son hos­til­ité à l’égard du Verbe auquel il préfère des expéri­ences physiques et organiques. Une mul­ti­tude de patients en extrême souf­france défile ain­si dans ce doc­u­men­taire qui s’attèle à dévoil­er les bien­faits de la pra­tique : un homme bègue dénué de con­fi­ance en lui, à deux doigts de cra­quer, un autre homme mal­mené par un père cru­el, une jeune femme qui entre­tient une rela­tion houleuse avec sa mère qui ne l’a pas désirée, etc. Chaque cas béné­fi­cie alors d’un traite­ment psy­chomag­ique sur mesure, dont l’exercice laisse d’ailleurs transparaître le legs éminem­ment freu­di­en (une dis­cus­sion psy­ch­an­a­ly­tique précède sys­té­ma­tique­ment l’expérience pra­tique). L’homme bègue, infan­til­isé au quo­ti­di­en, se déguise en enfant et part fan­faron­ner à Dis­ney­land avant de recon­quérir sa viril­ité au cours d’une céré­monie déli­rante où Jodor­owsky empoigne ses tes­tic­ules. L’homme brisé par son père se voit quant à lui enter­ré vivant, recou­vert par des morceaux de viande que des vau­tours vien­nent dévor­er, puis retrou­ve ses mou­ve­ments pour laiss­er s’envoler une pho­to de son pater­nel accrochée à un bal­lon. La jeune femme, enfant non-désiré, rejoue de son côté un accouche­ment pour mieux renouer avec sa pro­créa­tion. Ces séances sont suiv­ies de témoignages élo­gieux : le pre­mier ne bégaie plus à la fin de la séance, le deux­ième com­prend que la vie parisi­enne ne lui con­vient finale­ment pas, et la troisième appa­raît enceinte quelques mois plus tard. Ces séquences, qui pren­nent la forme d’un avant/après, n’ont alors rien à envi­er aux clips pub­lic­i­taires qui van­tent l’efficacité d’un pro­duit à l’aide de témoignages pro­mou­vant l’authenticité du traite­ment. Psy­chomagie se révèle être un tract pro­fondé­ment para­dox­al, pré­ten­dant impos­er par l’image une dis­ci­pline dont l’efficacité et les fonde­ments, pour­tant, ne peu­vent être sup­posé­ment com­pris qu’au terme d’une expéri­ence physique.

Sous le ver­nis d’un doc­u­men­taire péd­a­gogique en faveur de cette thérapie new age se cache par ailleurs l’auto-célébration d’un cinéaste qui ne peut s’empêcher de rat­tach­er sa méth­ode ou la sit­u­a­tion de ses patients à sa fil­mo­gra­phie. Ain­si, de nom­breux extraits de ses films (tous présents, jusqu’au renié Tusk) vien­nent mal­adroite­ment s’insérer au mon­tage, jusqu’à accouch­er de rac­cords absur­des comme celui qui rat­tache la détresse d’une vieille dame à un plan très court de La Mon­tagne sacrée où s’agglutinent des per­son­nes âgées, ou un autre qui relie un com­ing-out col­lec­tif à une brève séquence où le hors-la-loi d’El Topo est pris au piège au fond d’un puits asséché. Qu’elles aient ou non un rap­port direct avec les expéri­ences menées, ces dif­férentes analo­gies ten­tent de réduire la psy­chomagie à une appli­ca­tion lit­térale de pré­ceptes dis­til­lés à tra­vers l’ensemble des films du cinéaste. De là à con­sid­ér­er rétro­spec­tive­ment l’œu­vre de Jodor­owsky comme une brochure ésotérique un brin auto­cen­trée, il n’y a qu’un pas que le cinéaste sem­ble lui-même franchir.