On com­prend rapi­de­ment ce qui a intéressé Jan Kounen dans le roman de Math­e­son, déjà adap­té au ciné­ma par Jack Arnold. Dès les pre­mières min­utes du film, Paul, inter­prété par Jean Dujardin, évoque, plans de la Terre et de nuages à l’appui, le ver­tige de se sen­tir si petit face à l’immensité de l’univers. Le réal­isa­teur n’a jamais caché son attrait pour les expéri­ences mys­tiques (cf. le tun­nel d’images psy­chédéliques dans Blue­ber­ry), et c’est peu dire que le livre ren­ferme nom­bre de scènes prédis­posées à ce genre de médi­ta­tions. Sauf que si le film com­mence la tête dans les nuages, il lui faut d’abord se con­cen­tr­er sur l’évolution de l’état de son per­son­nage, dont le rétré­cisse­ment est gradu­el. L’étrangeté du phénomène ouvre sur une métaphore de la mal­adie (« je ne suis pas malade ! » répète Paul, sans par­venir à con­va­in­cre sa femme) qui accom­pa­gne de manière un peu mécanique l’idée d’un rétré­cisse­ment de l’homme. Si chaque séquence de ce bloc nar­ratif tra­vaille certes un proces­sus d’évidemment d’un bon­heur « par­fait », il n’y a en réal­ité pas grand-chose à évider, puisque led­it bon­heur se résume à se retrou­ver en famille pour le dîn­er et de ne pas trop penser aux petits tra­cas liés au boulot. De cette pre­mière par­tie guère con­va­in­cante sur­na­gent tout de même quelques scènes, dont la réus­site repose essen­tielle­ment sur les épaules de Jean Dujardin. Ain­si de celle où, suff­isam­ment petit pour se promen­er dans une mai­son minia­tur­isée, Paul danse avec le doudou de sa fille pour l’amuser, comme dans un loin­tain écho aux choré­gra­phies de The Artist. Sauf que sa seule spec­ta­trice est ici une fil­lette géante qui, du haut de ses sept ou huit ans, rit un peu tris­te­ment devant ce spec­ta­cle.

Du jardin

C’est toute­fois au cours la sec­onde moitié du film, dans laque­lle Paul se retrou­ve con­fron­té à la faune de la cave où il est enfer­mé, que les jeux d’échelles se mul­ti­plient. L’enjeu n’est plus de con­stater la mar­gin­al­i­sa­tion de Paul au sein de sa pro­pre mai­son ; seul face aux habi­tants des lieux, Paul entame une lutte pour sa survie dans un monde qui lui est désor­mais étranger. Le film restitue les duels con­tre l’araignée, ren­dus célèbres par la pre­mière adap­ta­tion du roman, mais avec un ton se dis­tin­guant net­te­ment de la dimen­sion épique de la ver­sion de 1957. Il ne s’agit pas ici de savoir qui sera le chas­seur et qui sera la proie. La vic­toire de Paul sur l’araignée se résume à lui échap­per, jamais à remet­tre en cause sa place dans la chaîne ali­men­taire. Au fil des épreuves qu’il tra­verse, Paul se con­fronte de cette manière à la réal­ité de son nou­veau statut – un piège à souris devient du jour au lende­main une machine de mort ter­ri­fi­ante. Mais il décou­vre aus­si de nou­velles sources d’émerveillement, telle la belle ondu­la­tion d’une queue de pois­son rouge aux dimen­sions titanesques. Chez Kounen, le rétré­cisse­ment physique per­met moins de révéler l’ingéniosité du per­son­nage (comme chez Arnold) que de ménag­er la pos­si­bil­ité de pos­er un regard à hau­teur de celui des autres espèces. Là où le roman se con­clu­ait sur un sen­ti­ment d’ex­al­ta­tion (celle de l’ex­plo­rateur sur le point de décou­vrir de nou­veaux mon­des), Paul finit ain­si son aven­ture sans frénésie, en con­tem­plant une majestueuse créa­ture volante – avant de con­clure, en voix off, par une petite leçon très con­v­enue sur l’acceptation de sa con­di­tion. On retrou­ve dans ce dénoue­ment l’écueil prin­ci­pal du film de Kounen : la dis­per­sion de son désir, qui oscille entre le drame humain pris (trop) au sérieux, la volon­té d’expérimenter à par­tir des péripéties du film de Jack Arnold et une esquisse de réflex­ion anti­spé­ciste. Le résul­tat prend logique­ment la forme d’une syn­thèse un peu molle.