Le temps de dix petites sec­on­des, où reten­tit la sub­lime Valse Lente que Bernard Her­rmann a com­posée pour Obses­sion de Bri­an de Pal­ma, on se hasarde à imag­in­er ce qu’aurait pu être Les Apparences de Marc Fitous­si, qui s’aventure (du moins en apparence) sur les ter­res du thriller sophis­tiqué. Las ! La séquence qui suit, où Eve (Karin Viard) mime grossière­ment la sidéra­tion en décou­vrant les emails enam­ourés de son mari (Ben­jamin Bio­lay) à sa maîtresse, remet les pen­d­ules à l’heure. Si le film jon­gle mal­adroite­ment entre dif­férents gen­res (il est tout à la fois une satire de la bour­geoisie des « expats » français de Vienne, un film polici­er et une comédie grinçante), sa forme priv­ilégiée reste celle du drame psy­chologique, qui con­siste à son­der l’intériorité d’une fig­ure en crise.

L’échec du film repose au fond sur un con­stat éton­nant : la pro­fu­sion des pistes nar­ra­tives et des tonal­ités n’ouvre que sur un film d’une plat­i­tude par instants con­fon­dante. Non seule­ment Fitous­si tire de son script pro­tubérant une rib­am­belle de clichés (les bour­geois sont des tueurs en puis­sance, la société n’est qu’un jeu de sim­u­lacres, les pro­los et les sim­ples d’esprit sont de braves gens, etc.) et une pro­fondeur de façade (l’artificiel regard-caméra final), mais il ne brille pas non plus sur le ter­rain de la direc­tion d’acteurs. Tan­dis que Ben­jamin Bio­lay reste figé dans son éter­nelle moue boudeuse, Karin Viard, en roue libre, livre une par­ti­tion éton­nam­ment approx­i­ma­tive, sans jamais trou­ver l’équilibre, certes dif­fi­cile, qui per­me­t­trait de tenir toutes les facettes de son per­son­nage.