Avant d’être une détec­tive à pro­pre­ment par­ler, Pauline tra­vaille à la rédac­tion du Nou­veau Détec­tive, la bien con­nue feuille de faits divers, avec, pour ce qu’on en voit, le pro­fes­sion­nal­isme un brin cynique qui con­vient. Las : larguée par son petit ami, traînée de force par sa sœur et son beau-frère dans une sta­tion bal­néaire ital­i­enne pour se chang­er les idées, elle se révèle soudain sem­blable aux plus car­i­cat­u­raux lecteurs de son jour­nal, prompte à voir partout du mys­tère et des squelettes dans le plac­ard. Se per­suadant que sa voi­sine de cham­bre abrupte­ment dis­parue a été assas­s­inée, elle entame une enquête d’a­ma­trice forcenée qu’au­cune objec­tion à ses hypothès­es sor­dides ne fera reculer, entraî­nant dans sa course folle le séduisant maître nageur de l’hô­tel avec lequel, frac­ture entre touriste et autochtone oblige, le courant ne passe pas vrai­ment — mais on devine que cela est voué à chang­er par la grâce du film.

Con­for­mé­ment à son titre sor­ti tout droit des romans policiers pour enfants de la “Bib­lio­thèque rose”, Pauline détec­tive se veut un diver­tisse­ment “cham­pagne”, léger et sans prise de tête, même quand il abor­de des choses sérieuses. Le scé­nar­iste-réal­isa­teur Marc Fitous­si donne le ton et le clame à longueur de film. Ce qu’il con­cocte serait rien moins qu’une ver­sion “pour rire” de roman d’A­gatha Christie, où, tout en suiv­ant dis­traite­ment la réso­lu­tion du mys­tère, il est per­mis de rire de tout, et avant tout de la pro­tag­o­niste ridicule de préjugés, d’élu­cubra­tions et d’aveu­gle­ment au monde, cam­pée par une San­drine Kiber­lain qu’on devine trop heureuse de faire la fofolle pour une des rares occa­sions de sa car­rière. L’en­nui est qu’on ne croit ni à la néces­sité ni au bien-fondé de cette farce. D’abord, comme l’a mon­tré Hitch­cock en dirigeant des stars dans des rôles d’in­di­vidus au pre­mier abord trans­par­ents, il est dif­fi­cile de se motiv­er pour suiv­re les aven­tures d’une héroïne pour laque­lle on ne peut ressen­tir un seul instant la moin­dre empathie, depuis sa présen­ta­tion boi­teuse (vendeuse de sor­dide sub­juguée par son pro­pre pro­duit) jusqu’à sa mécanique de pan­tin dont l’ob­sti­na­tion butée n’ap­pa­raît que comme un téléguidage par le scé­nario.

Lourd comme une plume

Surtout, il est encore plus dif­fi­cile de se laiss­er attein­dre par la légèreté qu’on nous fait miroi­ter et qu’on sait d’emblée toute fab­riquée, con­tre­faite comme un pro­duit. Fitous­si fait mine d’ig­nor­er que la légèreté, cela se trans­met, mais ne s’in­vente pas. La tromperie sur la marchan­dise est d’au­tant plus fla­grante que la recette pour l’obtenir, selon l’au­teur, con­siste à con­tre­car­rer sys­té­ma­tique­ment tout ce qu’on entre­prend (à l’im­age de ces plages musi­cales posant une ambiance avant d’être bru­tale­ment inter­rompues par une chute comique plus ou moins con­v­enue). Sous le pré­texte du clin d’œil à Agatha Christie, on fait par­ler l’héroïne comme le plus insup­port­able­ment ver­beux des per­son­nages de roman. On pointe du doigt une feuille de chou réelle (Le Nou­veau Détec­tive, sans doute parte­naire du film), mais on prend soin de la déréalis­er en lui accolant des cou­ver­tures grossière­ment illus­trées dignes d’ob­scures gazettes des années 1930. On nous balade en Ital­ie en nous ressor­tant les gags moi­sis de l’âne blo­quant la cir­cu­la­tion et des brunes incen­di­aires, et à côté on esquisse un sem­blant de remise en cause des préjugés nationaux. À force de jouer à pren­dre le con­tre-pied à tout bout de champ, Fitous­si laisse transparaître dans sa démarche une réti­cence à assumer quoi que ce soit, y com­pris la légèreté qu’il pré­tend instiller. Et ne laisse dès lors s’in­staller, en lieu et place de celle-ci, qu’un grand vide, vague­ment gênant car tout de même peu­plé par ce qu’on devine être un cer­tain mépris de sa part (pour ce qu’il fait, pour ses per­son­nages, pour une comédie qui serait bâtie sur autre chose que des clichés, pour le spec­ta­teur auquel il pré­tend ven­dre du diver­tisse­ment total…).