Risen s’ouvre et se referme sur un homme marchant seul dans le désert. Mais là où dans le pre­mier plan la caméra restait sur le per­son­nage, elle le quitte dans le dernier pour cadr­er ultime­ment le ciel. Le titre du film, traduit un peu som­maire­ment en français par « la résur­rec­tion du Christ », ren­voie plutôt, comme le con­firme cette scène finale, à « l’élévation » spir­ituelle de Clav­ius (Joseph Fiennes), un tri­bun mil­i­taire chargé par Ponce Pilate d’enquêter sur la dis­pari­tion du Christ trois jours après son inhu­ma­tion. Face à des événe­ments qu’il ne peut expli­quer rationnelle­ment, Clav­ius va trou­ver la foi et rejoin­dre les apôtres dans leur quête mys­tique. Ce nou­veau block­buster de Kevin Reynolds, à qui l’on doit notam­ment Water­world, sem­ble dès lors s’inscrire dans un renou­veau du péplum biblique, qui, grâce au numérique, repose la ques­tion de la représen­ta­tion du mir­a­cle au ciné­ma, qu’il soit ratio­nal­isé (Exo­dus de Rid­ley Scott et ses plaies d’Egypte fig­urées comme une suite logique de cat­a­stro­phes envi­ron­nemen­tales) ou qu’il con­stitue, au con­traire, le ter­reau d’une cos­mogo­nie sur fond vert (les délires plas­tiques de Noé de Dar­ren Aronof­sky). Or, Risen emprunte une toute autre voie, assez anachronique : con­traire­ment aux gros block­busters hol­ly­woo­d­i­ens sus­men­tion­nés, qui revis­i­taient l’imagerie biblique avec la promesse de mon­tr­er du jamais vu, Reynolds tente plutôt de faire du mir­a­cle un enjeu de mon­tage. De la même façon que Clav­ius est soumis à une épreuve de foi, le spec­ta­teur est ain­si invité à croire, par le truche­ment d’une sim­ple coupe, à la dis­pari­tion fugace du messie ou encore à la guéri­son d’un lépreux.

Inactuel et naïf

Que la pre­mière scène entière­ment numérique, qui voit le Christ cru­ci­fié au milieu d’un océan tumultueux, soit reléguée dans la strate des rêves, illus­tre bien la volon­té de ne faire du mir­a­cle qu’une affaire de croy­ance dans les arti­fices tra­di­tion­nels du ciné­ma. Si cette approche old school paraît à pre­mière vue rafraîchissante, la faib­lesse de son exé­cu­tion, qui con­siste en de fas­ti­dieux tours de passe-passe d’un autre âge, masque dif­fi­cile­ment les faib­less­es tech­niques du film, entérinées par la kitch et grotesque dis­pari­tion finale du Christ. Sans compter que le film porte un regard assez lim­ité sur l’épisode biblique en ques­tion, d’abord traité avec une approche presque « réal­iste », à l’image de la scène de bataille ouvrant le réc­it, qui se heurte toute­fois immé­di­ate­ment à la fac­ture indi­gente d’un télé­film ou d’un direct-to-DVD à la recon­sti­tu­tion aus­si lourde que ratée. Reste que la tam­bouille étonne un peu, tant le film donne à voir dans un pre­mier temps un monde sans magie ni mys­tique, où les apôtres ressem­blent à une bande d’hurluberlus babas-cool. Mais out­re sa fac­tic­ité cri­arde, c’est surtout par sa naïveté formelle et son inac­tu­al­ité que le film échoue à entraîn­er le spec­ta­teur sur le chemin de la croy­ance. Dom­mage, car mal­gré son échec indis­cutable le film témoigne bien que la ren­con­tre entre le mir­a­cle et le grand spec­ta­cle hol­ly­woo­d­i­en a encore beau­coup à offrir.