Voilà à présent sept années que les frères Coen ont décidé d’œuvrer cha­cun de leur côté. Ce nou­v­el élan ne s’avère en rien salu­taire tant leur fil­mo­gra­phie, déjà iné­gale, est depuis essen­tielle­ment entachée de mau­vais films. Hon­ey Don’t ne risque pas d’infléchir la ten­dance : dans la droite ligne de Dri­ve-Away Dolls, le nou­veau film d’Ethan Coen se rêve en film noir les­bi­en et en série B déjan­tée – c’est selon – mais échoue à con­va­in­cre sur les deux tableaux. L’ouverture se mon­tre pour­tant inspirée en mis­ant sur l’efficacité de cadrages épurés (deux plans en con­tre­p­longée suff­isent notam­ment à impos­er un per­son­nage féminin que l’on croirait échap­pé d’un film de Russ Mey­er). Hélas, le cinéaste a le virus copiste ; un film signé Coen doit for­cé­ment ressem­bler à un film des Coen, au risque de la car­i­ca­ture plom­bante. Vers la fin de Hon­ey Don’t, un per­ro­quet voit sa cage tomber et s’ouvrir. L’oiseau subite­ment libéré se met à vol­er dans la pièce et bute à plusieurs repris­es vio­lem­ment con­tre une vit­re, avant, une ultime fois, de tomber. Bel aveu incon­scient : la scène est une métaphore par­faite du film.

S’il fal­lait mal­gré tout trou­ver ici une once d’originalité venant per­turber cer­tains réflex­es coe­niens (esthé­tique « car­toon », mécanique nar­ra­tive, sec­ond degré, vio­lence absurde), ce serait du côté de la libido des per­son­nages. On devine que la sin­gu­lar­ité de Hon­ey Don’t devrait émerg­er des rela­tions féminines décom­plexées, mais ces dernières sont si grossière­ment filmées que la tâche se révèle ardue. Obsta­cle sup­plé­men­taire : Ethan Coen désamorce toute forme de désir, ne sachant pré­cisé­ment pas quoi en faire, du désir, ni de l’érotisme. Une scène de mas­tur­ba­tion dans un bar bondé, rap­pelant l’orgasme simulé de Quand Har­ry ren­con­tre Sal­ly, tourne ain­si à l’amusement puéril. Dif­fi­cile, décidé­ment, de vol­er de ses pro­pres ailes.