Le qua­trième long-métrage d’Alex Ross Per­ry arrive en France auréolé d’une répu­ta­tion flat­teuse qui con­firme la per­cée cri­tique de ce cinéaste, bien que son précé­dent film, Gold­en Exits, n’ait jamais béné­fi­cié d’une dis­tri­b­u­tion hexag­o­nale. Her Smell s’inscrit surtout dans la con­ti­nu­ité de Queen of Earth, dans lequel Eliz­a­beth Moss, comé­di­enne fétiche du New-Yorkais, jouait déjà le rôle d’une femme au seuil de l’implosion, et dont la san­té men­tale sem­blait le jou­et de forces qua­si sur­na­turelles. Après Cather­ine, éprou­vée par une rup­ture amoureuse con­séc­u­tive au décès de son père, voici Becky Some­thing, leader d’un trio de punk rock des années 1990 dev­enue ingérable pour ses proches. Moss donne à nou­veau la pleine mesure de son tal­ent et, dans la lignée d’une Gena Row­lands, vagabonde d’une humeur à l’autre sous le regard excédé de son entourage : l’actrice est tout aus­si sai­sis­sante en gor­gone per­ox­y­dée qu’en cata­tonique con­va­les­cente con­trainte d’être mise au vert.

Lors de la pre­mière séquence – le réc­it est struc­turé en cinq actes dis­tincts que l’organicité du mon­tage ne per­met pas immé­di­ate­ment de tem­po­ralis­er –, Becky n’a de cesse de con­sul­ter son chaman attitré, tan­dis qu’une caméra fréné­tique suit au plus près ses déam­bu­la­tions hagardes en couliss­es, dans un bal­let endi­a­blé qui place d’emblée le film entre rite de pos­ses­sion et exor­cisme. Ces stri­dences con­vo­quent le sou­venir de Good Time, des frères Safdie, et il n’est dès lors pas sur­prenant d’ap­pren­dre que le même chef opéra­teur, Sean Price Williams, est l’ar­ti­san de cette imagerie tour­bil­lon­nante et bar­i­olée. Her Smell s’ou­vre donc sous les signes d’un excès et d’une théâ­tral­ité cen­sés pouss­er dans ses derniers retranche­ments le genre encom­bré du biopic musi­cal, dont il se voudrait la ver­sion scan­daleuse et ter­mi­nale, A Star Is Worn plutôt que A Star Is Born.

Le prob­lème, c’est que ce por­trait de musi­ci­enne est indis­so­cia­ble d’une immer­sion com­plaisante dans les mytholo­gies ago­nisantes du rock, Becky étant un avatar évi­dent de l’insupportable Court­ney Love. Sous pré­texte de déglam­ouris­er cette arène, Ross Per­ry suc­combe tran­quille­ment à une fas­ci­na­tion à peine voilée pour les icônes bor­der­line en chute libre, dans un mou­ve­ment qui neu­tralise toute pos­si­bil­ité d’adhésion à sa tra­jec­toire. Dans les deux derniers seg­ments, les ten­ta­tives appuyées de rédimer le per­son­nage prin­ci­pal, qui fini­ra par choisir son enfant au lieu de son pub­lic, ne parvi­en­nent pas à dis­siper l’im­pres­sion d’avoir été le spec­ta­teur d’un inter­minable pas­sage en force, loin de la dan­gerosité à laque­lle il pré­tend en se livrant à des pos­es étudiées.