On aurait ten­dance à croire qu’il n’y a que Mar­vel dans la vie des adap­ta­tions ciné­matographiques de super-héros. N’ou­blions pas que l’on doit aus­si compter avec le cat­a­logue DC Comics (Bat­man et Super­man tout de même), qui tente le pari Green Lantern.

Puisque c’est le cas de celui qui écrit ces lignes, il faut d’abord ren­dre grâce à l’ou­ver­ture du film, très «Green Lantern pour les nuls». Donc : s’il y a bien un héros Green Lantern (Hal Jor­dan[1]), il faut en fait compter avec une pléthore puisque l’u­nivers est divisé en 3600 secteurs, cha­cun se voy­ant affecter une de ces vigies. Quand on pense par exem­ple que le nom­bre de secteurs ne représente que 10% du total des com­munes français­es, ce mail­lage peut sem­bler un peu lâche, mais ça fonc­tionne très bien et la paix uni­verselle règne. Il faut dire que l’an­neau mag­ique donne le pou­voir de matéri­alis­er ce qui vous passe par la tête, chose plutôt pra­tique pen­dant une bas­ton. Ajou­tons que des gar­di­ens règ­nent sur cette vaste organ­i­sa­tion, ils vivent juchés sur un piton rocheux et, entre maître Yoda et Dalaï-lama, s’avèrent des puits de sagesse.

Bref, tout va pour le mieux… Sauf que Par­al­lax se libère (on ne com­prend pas franche­ment pourquoi pré­cisé­ment à ce moment) et il est com­plète­ment furax, son pou­voir jaune se déchaîne – la chose se présente sous la forme d’une nébuleuse qu’al­i­mente la peur, et elle est bien nour­rie. Il colle une fichue pâtée à Abin Sur, un valeureux représen­tant du bien, qui en réchappe de peu et s’é­jecte : direc­tion la Terre. Avant de pass­er l’arme à gauche, il respecte le pro­to­cole : quand un Green Lantern s’éteint, un autre s’éveille. Et ça tombe sur Hal Jor­dan (Ryan Reynolds), pilote fougueux et légère­ment écervelé qui se trou­ve donc doté du pou­voir vert. Il s’ag­it du pre­mier Ter­rien à être hon­oré de ce statut, on appren­dra d’ailleurs que les humains n’ont pas bonne presse par­mi les dif­férentes espèces extrater­restres. On se demande bien pourquoi, mais lais­sons la sur­prise de la morale de l’his­toire.

DC Comics et Warn­er Bros enten­dent lancer une saga ; avant même que ce soit claire­ment for­mulé, ce pre­mier volet s’en ressent. Il s’ag­it d’in­staller en 1h53 les prob­lé­ma­tiques des «Green Lantern», de quelques per­son­nages, et par­ti­c­ulière­ment celles de Hal Jor­dan : son ini­ti­a­tion aux pou­voirs, ses amours avec Car­ol Fer­ris (Blake Live­ly) dont le père est le Mar­cel Das­sault local, ses trau­mas (la perte du père dans un acci­dent de pilotage), ses dilemmes (le job de super-héros n’est pas si facile). Le tout en essayant de men­er une aven­ture : car après avoir détru­it quelques planètes et civil­i­sa­tions, Par­al­lax, totale­ment hors de lui, men­ace la Terre. Il béné­fi­cie pour cela d’un appui sur place en la per­son­ne du Dr Ham­mond (Peter Sars­gaard), xéno­bi­ol­o­giste over geek et fils raté d’un séna­teur (Tim Rob­bins) – pour Ham­mond comme pour Hal, un gros nœud psy­chologique : papa. Pas veinard, gen­til de nature, son sang est mal­heureuse­ment gag­né par le vil pou­voir jaune de Par­al­lax ; le pau­vre se trans­forme en une sorte de John Mer­rick doté de pou­voirs mné­moniques et tra­vail­lé par le mal… Con­stat : scé­nar­istes et col­lab­o­ra­teurs à l’écri­t­ure ne parvi­en­nent pas à lier le tout, de même que Thor, autre ten­ta­tive de début de saga super-héroïque – du con­cur­rent Mar­vel –, partageant aus­si avec Green Lantern cette intense nav­i­ga­tion entre planète bleue et espace inter­galac­tique. Bref, rien de très nou­veau sous le ciel des super-héros ; loin du renou­velle­ment, le genre sem­ble repro­duire paresseuse­ment les clichés scé­nar­is­tiques de films en films.

Green Lantern fait dans le vert, pétant et lumi­nes­cent, avec défer­lements visuels 100% syn­thé­tiques. Le ren­du se situe loin du cool et classe Star Trek de J.J. Abrams ou de la bonne tenue du récent X‑Men: le com­mence­ment. Avec ce matéri­au, Mar­tin Camp­bell avait indé­ni­able­ment les moyens de jouer à autre chose qu’au pom­pi­er arti­fici­er[2]. Par con­tre, il faut recon­naître que la 3D n’est pas que gadgétisée mais réelle­ment con­vo­quée – jeux sur la sus­pen­sion des corps, les tex­tures et les trans­parences –, d’au­tant plus que si la réal­i­sa­tion joue évidem­ment sur la ciné­tique lors des scènes d’ac­tion, le temps d’in­stal­la­tion néces­saire pour prof­iter du bloc tridi­men­sion­nel est régulière­ment accordé. Au moment où il con­viendrait de tranch­er, Green Lantern pro­cure un sen­ti­ment assez bizarre ; franche­ment vain, pas réus­si, le film occa­sionne quelques ricane­ments gogue­nards mais aus­si la forme de sym­pa­thie que l’on peut accorder à un diver­tisse­ment bêta mais décom­plexé. Reste à savoir si l’on peut vrai­ment con­sid­ér­er cela comme une qual­ité.

Notes

Notes
↑1 Fin lim­i­er, votre servi­teur sait main­tenant que ce dernier cor­re­spond à «l’Âge d’ar­gent» de la série, après celle, en or, axée sur Alan Scott, et, fort logique­ment, avant le bronze.
↑2 Chose anec­do­tique mais assez trou­blante : l’amorce du film et le générique final ren­voient aux fameuses séquences «fond d’écran» mal­ick­i­ennes de The Tree of Life.