Arrivé en queue de pelo­ton, une fois que tous ses cama­rades Avengers avaient déjà fait leur tour de présen­ta­tion dans des films indi­vidu­els, Cap­tain Amer­i­ca fer­mait idéale­ment la marche pour la sim­ple et bonne rai­son qu’il est la mas­cotte de cette troupe. Sa pre­mière aven­ture, Cap­tain Amer­i­ca : First Avenger, mon­trait moins la nais­sance d’un héros que sa fab­rique : objet sculp­té autant pour le com­bat que pour le mar­ket­ing, ce super-patri­ote dévoilait la vraie nature des super-héros en paradant au son d’un jin­gle jovial sur les scènes des music-halls, ban­dant pour le show des mus­cles de bau­druch­es gon­flés en quelques injec­tions. Si cette intro­duc­tion très pop du per­son­nage présen­tait un véri­ta­ble intérêt, c’est parce qu’elle était si ouverte­ment hon­nête sur l’esthé­tique générale de l’u­nivers Mar­vel au ciné­ma, désireuse d’at­tein­dre un point de ren­con­tre entre régime pub­lic­i­taire des images et élab­o­ra­tion d’une mytholo­gie améri­caine post-11 sep­tem­bre.

Bien moins fan­tai­siste que son prédécesseur, Cap­tain Amer­i­ca : Le Sol­dat de l’hiv­er tourne le dos à ce qui fai­sait la saveur un peu pulp du pre­mier opus pour se dédi­er inté­grale­ment à un sous-texte poli­tique pétri de didac­tisme qui, tout aus­si facile­ment lis­i­ble qu’il soit, offre un dis­cours biface – à la fois vio­lem­ment sub­ver­sif et fon­cière­ment neu-neu. Si le film sus­cite un cer­tain ent­hou­si­asme, ce n’est cer­taine­ment pas grâce à sa réal­i­sa­tion plate­ment clas­sique ou à son scé­nario para­noïaque com­plète­ment pom­pé du côté des Mis­sion Impos­si­ble (le com­plot à l’in­térieur de l’or­gan­i­sa­tion qui fait du héros un paria), mais bien parce qu’il fait du gigan­tisme diver­tis­sant de Mar­vel le béli­er capa­ble d’en­fon­cer les portes de la NSA. Car, il ne fait aucun doute très rapi­de­ment que Cap­tain Amer­i­ca ne com­bat rien d’autre que ce que représente la Nation­al Secu­ri­ty Agency : le principe de sécu­rité lib­er­ti­cide.

Captain America vs la NSA

L’his­toire est assez sim­ple : tan­dis que l’a­gence S.H.I.E.L.D. finalise la con­struc­tion de trois vais­seaux de guerre titanesques chargés de flot­ter dans l’air pour dis­suad­er toute attaque ter­ror­iste, une fac­tion dis­si­dente tente de détourn­er ce pro­jet pour éradi­quer d’un seul coup tous ses enne­mis, iden­ti­fiés grâce à… leurs activ­ités sur inter­net. On ne pou­vait faire plus clair comme mes­sage poli­tique. Plutôt que d’ex­plor­er les plaies de 9/11 comme l’ont fait qua­si­ment tout les films de super-héros depuis une décen­nie, Le Sol­dat de l’hiv­er s’at­tarde donc sur les con­tre­coups des atten­tats – en d’autres mots sur le fait que le 11 sep­tem­bre légitimerait, selon l’ar­mée améri­caine, une sur­veil­lance accrue des pop­u­la­tions du monde entier. Dans son attaque con­tre la NSA, le film va assez loin, n’hési­tant pas à faire de ses per­son­nages sédi­tieux en faveur d’une sécu­rité préven­tive des nazis. Tout sim­ple­ment… Mais, c’est juste­ment dans l’in­croy­able vir­u­lence de cette charge que ce deux­ième Cap­tain Amer­i­ca perd para­doxale­ment de sa force dénon­ci­atrice : puisque les vilains ne sont que les héri­tiers des nazis jusqu’au-boutistes du pre­mier épisode (mal­heureuse­ment sans la dimen­sion mythologique chargée de magie noire), toute forme d’am­biguïté s’é­va­pore d’un seul coup en rejouant finale­ment un con­flit daté plutôt que d’af­fron­ter véri­ta­ble­ment la sit­u­a­tion actuelle. Quoi qu’il en soit, le film main­tient tout de même l’il­lu­sion d’être un block­buster capa­ble de cat­a­pul­ter un brûlot poli­tique dans les salles du monde entier, tout ça parce qu’il mon­tre la pat­te blanche du sim­ple diver­tisse­ment pen­dant que, de l’autre main, il porte quelques coups mal­adroits, mais par­ti­c­ulière­ment agres­sifs, à l’une des insti­tu­tions les plus puis­santes du globe.