Cette nou­velle mou­ture des 4 Fan­tas­tiques s’ouvre sur le décor peu trép­i­dant d’une cui­sine et d’une salle de bain en Formi­ca dont les sur­faces luisantes sont soigneuse­ment bal­ayées par la caméra. Si Mon­sieur Fan­tas­tique (Pedro Pas­cal) dés­espère de retrou­ver ses médica­ments dans ces plac­ards qui se ressem­blent tous, son épouse (Vanes­sa Kir­by) met la main dessus en deux temps trois mou­ve­ments, avant de révéler que son test de grossesse est posi­tif. Le ton est don­né : pour insuf­fler une human­ité à ses super-héros, Matt Shak­man les installe dans le quo­ti­di­en d’une famille et l’effervescence con­sumériste du New York des six­ties. Le quatuor de tran­shu­mains (le cou­ple est accom­pa­g­né de John­ny, aka « la Torche », et Ben, dit « la Chose ») sem­ble moins tra­vail­lé par le dilemme pro­pre à l’univers de Mar­vel – de grands pou­voirs impliquent de grandes respon­s­abil­ités – que par des enjeux  matériels : le sauve­tage du monde est de fait l’occasion de dévoil­er leurs nou­velles com­bi­naisons « plus bleues et plus amples », une fusée flam­bant neuve et divers autres arte­facts. De leurs pou­voirs, il n’est au fond pas réelle­ment ques­tion : le film présente ses héros comme des objets de con­som­ma­tion, exhibant leurs capac­ités plas­tiques (élas­tic­ité, invis­i­bil­ité, etc.) à tra­vers une série de réclames et de pro­duits dérivés dans une (trop) longue intro­duc­tion, avant de les met­tre véri­ta­ble­ment au défi.

Le jeu des acteurs cul­tive une dés­in­vol­ture inhérente à ce monde à l’esthétique rétro pub­lic­i­taire : rien n’est grave, tout est poten­tielle­ment dérisoire. Le scé­nario avait pour­tant intro­duit des antag­o­nistes assez promet­teurs : une fig­urine d’argent et un géant stel­laire, tout de fer et de métal, qui se nour­ris­sent d’é­cosys­tèmes. Dans l’irruption de cette men­ace venue avaler le petit monde matéri­al­iste des humains, il faut bien sûr lire une parabole (un brin cynique) sur la pul­sion destruc­trice du cap­i­tal­isme. Cette manière d’envisager les corps comme des objets et le jeu d’échelles qu’imposent leurs inter­ac­tions aurait par ailleurs pu nour­rir une mécanique d’action – bref moment où le film y parvient : l’étirement extrême que subit Reeds Richard dans les mains du géant – qui reste hélas let­tre morte. La faute à une mise en scène qui sur­v­ole les séquences spec­tac­u­laires (assez peu nom­breuses) sans s’arrêter sur le fra­cas de la matière : ce qui frappe ou ce qui tache est tou­jours escamoté au prof­it d’une bonne vanne.