Il est éton­nant de voir Jesse Eisen­berg et Kris­ten Stew­art revenir au teen movie à ce point de leur car­rière. L’argument qui les aura con­va­in­cus, et qui fait d’Amer­i­can Ultra un film un peu bâtard, aura peut-être été celui de voir ce teen movie mêlé à une comédie de mariage elle-même vernie d’une épaisse couche d’action. Reste que mis entre les mains du réal­isa­teur de Pro­jet X, ils auraient pu prévoir que ce fourre-tout avait toutes les chances de leur explos­er au vis­age.

Sur un plateau

Caissier dans la supérette d’une petite ville des États-Unis, fumeur de joints invétéré, Mike est un ado­les­cent attardé, un los­er incar­né qui a toutes les peines du monde à deman­der sa copine Phoebe en mariage et com­mence à se deman­der s’il n’est pas un frein pour elle. Jesse Eisen­berg est habitué à ces rôles de jeune garçon en proie au doute (Adven­tur­land, Bien­v­enue à Zom­bieland, 30 min­utes max­i­mum), et une fois n’est pas cou­tume, son per­son­nage se décou­vre une grande force lors d’une aven­ture qui l’extrait de la monot­o­nie de son quo­ti­di­en. Réac­tivé par un agent de la CIA, Mike se révèle être un véri­ta­ble sol­dat qui sera pris en chas­se par toute une armée (il fal­lait au moins ça pour exprimer le courage néces­saire à une demande en mariage). Le prob­lème, c’est que tous ces nou­veaux tal­ents lui sont apportés sur un plateau. Alors que le film se pro­pose d’aborder la ques­tion de l’engagement et de la matu­rité, son héros n’a absol­u­ment aucun effort à faire pour grandir. Puisqu’il n’y a rien à appren­dre, puisque tout est inné, tout intérêt pour sa trans­for­ma­tion est sup­primé. Le gouf­fre désor­mais ouvert (la par­tie entre ce début et la fin) est alors comblé par des injec­tions d’ultra vio­lence (repris­es à Kick-Ass), des phos­pho­res­cences ros­es et vertes (bâclées sur le mod­èle de Spring Break­ers, de même que le per­son­nage d’un Blanc se prenant pour un deal­er noir) et un humour malade (Topher Grace est enfer­mé dans un per­son­nage à l’épilepsie insup­port­able).

Stone

Fam­i­li­er des excès, Nima Nour­izadeh avait déjà basé Pro­jet X sur le sim­ple principe de men­er une fête de ban­lieue à l’apocalypse. C’est un peu le même sché­ma qu’il reprend ici, à l’échelle d’une petite ville. Quoi de plus pra­tique alors que le ston­er film pour pré­tex­ter un grand n’importe quoi ? Mais à la folie et à l’absurdité géniales de The Big Lebows­ki, le maître du genre, il oppose une pau­vreté acca­blante et une bêtise branchée en série. Sous cou­vert d’une imag­i­na­tion débridée et sans bornes, Amer­i­can Ultra en caresse en fait le degré zéro. C’est qu’il ne s’intéresse pas lui-même à son absur­dité, il n’y croit pas. À peine provo­quée, il la délaisse et s’empresse de rejoin­dre la voix de la surenchère. La véri­ta­ble absur­dité et la lib­erté qui l’accompagne, le film en a peur. L’obsession pyro­mane de Nour­izadeh peut peut-être alors se com­pren­dre comme un désir de con­trôle absolu de son objet : elle lui per­met de clore la des­tinée de ses mon­des pré­ten­du­ment libres et foi­son­nants en une explo­sion défini­tive et ras­sur­ante.