“Même livrée rapi­de­ment, une mau­vaise piz­za reste une mau­vaise piz­za…”

… les con­gés de fin d’année approchant, on a pen­sé un temps servir cette ample réflex­ion en guise de cri­tique façon 30 mots max­i­mum plutôt que de jouer les Cyra­no, mais il existe un juste milieu. Comme il n’est pas inutile de con­naître le menu, résumons : Jesse Eisen­berg plus Ruben Fleis­ch­er, c’était jusqu’ici la for­mule gag­nante du très ludique Zom­bieland, appli­ca­tion US de la méth­ode Shaun of the Dead et récente illus­tra­tion du bour­geon­nement (c’est le mot) actuel de cette veine comique tout sauf inédite qui installe le geek aux com­man­des de sa frian­dise fic­tion­nelle (avec entre autres fig­ures de proue le sus-nom­mé Eisen­berg Jesse, icône entre-temps établie par sa remar­quable inter­pré­ta­tion du Nerd in Chief[1]) : du cinoche pour, par et avec des geeks, au sens (très très) large du terme. Du mar­rant et du malin, aus­si, sou­vent – jusqu’au jour peut-être pas si loin­tain où la mise en abyme et les jeux (auto)référentiels finiront par gon­fler à nou­veau tout le monde.

Bref, 30 min­utes max­i­mum, avec son his­toire de livreur de piz­za trans­for­mé en bombe humaine par le reje­ton vague­ment dégénéré d’un ancien Marine blindé d’oseille, se devait d’être une réjouis­sante comédie – voire, après deux trois packs de bière, de pré­ten­dre comme Zom­bieland au micro-culte. Ce qu’il n’est pas, mais alors pas du tout, tant le film peine à arracher quelques sourires et se révèle dépourvu d’inspiration. La petite équipe ne ménage pour­tant pas ses efforts ; Jesse Eisen­berg n’a rien per­du de son abattage et de son débit si car­ac­téris­tique, la minorité ris­i­ble Aziz Ansari vib­ri­onne, Dan­ny McBride est tou­jours aus­si lour­dingue (n’est pas Will Fer­rell qui veut)… Mais naturelle­ment, plus ce joli monde insiste, moins il y arrive, et l’on essaye en vain de s’intéresser aux rebondisse­ments de l’intrigue.

Qu’advient-il quand deux débiles de trente ans ama­teurs de bombes arti­sanales se retrou­vent à mar­tyris­er deux petits malins de vingt-cinq bercés au Call of Duty ? Un film où ces pre­miers, ados attardés devenus héros d’aventures par­o­diques et dont le “don­qui­chot­tisme” puise aux “meilleures” sources eight­ies (le film con­voque en vrac Point Break, L’Arme fatale, Ven­dre­di 13 ou Piège de cristal, sans oubli­er Le Flic de Bev­er­ly Hills via la résur­rec­tion de Glenn Frey et son “The Heat Is On”), se font gen­ti­ment rétamer par ces derniers, tan­dis que des sec­onds rôles laborieux peinent à apporter un brin de folie comique. En résulte une comédie pous­sive, téléphonée et assez insipi­de, qui ne parvient pas même à créer le sen­ti­ment con­fort­able (pour sa cible sup­posée) de sym­pa­thie avec un univers de con­nais­sance.

Rien d’impardonnable en somme, mais que dire d’une comédie une fois qu’on a dressé le som­bre con­stat qu’elle ne fait pas vrai­ment rire ? Rien, et c’est sans doute ce qu’il faut retenir de cette inof­fen­sive deux­ième ten­ta­tive de Ruben Fleis­ch­er, qui ne cesse jamais de s’efforcer d’être drôle : il n’y a rien à en con­serv­er, si ce n’est la cer­ti­tude renou­velée que même avec la meilleure volon­té du monde, même en s’y met­tant à deux, à qua­tre, à vingt, quand ça veut pas, ça veut pas. Et puis 30 min­utes max­i­mum dure quand même une heure vingt-trois ; si c’est pas de la pub­lic­ité men­songère…

Notes

Notes
↑1 Mark Zucker­berg dans The Social Net­work, de David Finch­er