Bekzat, un flic cor­rompu, a pour mis­sion d’exé­cuter un bouc-émis­saire accusé du viol et du meurtre d’un enfant dans une province reculée du Kaza­khstan. Ari­ana, une jour­nal­iste fraîche­ment débar­quée de la cap­i­tale, enquête de son côté sur les méth­odes de la police locale et suit Bekzat ain­si que son faux coupable, un jeune adulte au com­porte­ment infan­tile. Autour de ce trio aux allures de famille recom­posée se déploie un film aus­si cru­el que joueur, tra­ver­sé par des sur­sauts de vio­lence brute et des séquences à la tonal­ité plus légère. Après La Ten­dre indif­férence du Monde, road movie qui suiv­ait le périple de deux mar­gin­aux de la cam­pagne à la ville, le ciné­ma d’Adilkhan Yerzhanov con­tin­ue de trac­er une voie à mi-chemin entre le ciné­ma indépen­dant améri­cain (l’hu­mour pince-sans-rire des frères Coen péri­ode Far­go) et les films de Takeshi Kitano (ses policiers et gang­sters mutiques).

Si le cinéaste pour­rait souf­frir de cette absence d’o­rig­i­nal­ité, il se dis­tingue toute­fois par le soin par­ti­c­uli­er apporté à la mise en scène. À l’in­star du récent Le Lac aux oies sauvages, le silence est priv­ilégié à la parole, les pos­tures et les posi­tions des corps aux vains dis­cours, dans la tra­di­tion d’un genre néo-noir han­té par les ombres muettes de tueurs et d’enquêteurs dis­simulés dans la brume. Yerzhanov égraine ain­si mod­este­ment des petites idées de mise en scène, comme lors d’une par­tie de cache-cache où un jeune homme aux yeux bandés quitte sans le savoir l’aire de jeu, annonçant sa pro­pre dis­pari­tion (c’est ce même grand enfant qui ris­quera ensuite d’être exé­cuté pour un crime qu’il n’a pas com­mis). À l’image de cette séquence, A Dark-Dark Man fait par­fois preuve d’inspiration, mais ploie finale­ment sous des références trop écras­antes et ne pro­pose qu’une énième tra­jec­toire fatal­iste, ce qui con­sti­tu­ait déjà la lim­ite prin­ci­pale de son précé­dent film. Comme dans La Ten­dre indif­férence…, l’affaire se con­clut sur le sac­ri­fice rédemp­teur d’un voy­ou « au grand cœur » lors d’une scène de boucherie atten­due, ver­sion terne et rabougrie du finale de Taxi Dri­ver.