Dif­fi­cile de ne pas penser à Alien et à The Thing devant Life : orig­ine incon­nue. Ce film d’horreur dans l’espace rela­tant la décou­verte d’une cel­lule mar­ti­enne qui, peu à peu, va grossir jusqu’à s’avérer une men­ace red­outable, emprunte en effet beau­coup aux clas­siques de Rid­ley Scott et de John Car­pen­ter. Pour­tant, et mal­gré la forte impres­sion de déjà-vu (en témoigne le plan-séquence inau­gur­al et la con­clu­sion, qui lorgnent forte­ment du côté de Grav­i­ty), quelque chose parvient à pren­dre, avant que le film ne ren­tre pro­gres­sive­ment dans le rang. Ce quelque chose, c’est la créa­ture, bap­tisée « Calvin » : un petit amas de neu­rones et de mus­cles qui, à l’occasion d’une excel­lente séquence (la seule du film), va se révéler par­ti­c­ulière­ment astu­cieux. En quelques min­utes, la besti­ole encore minus­cule va neu­tralis­er un adver­saire, recourir à l’utilisation d’un out­il pour s’évader, avaler et assim­i­l­er une souris, échap­per aux flammes, et enfin assas­sin­er sa pre­mière vic­time humaine et se nour­rir de ses entrailles. L’horreur est ici un spec­ta­cle auquel les occu­pants de la navette spa­tiale assis­tent de der­rière la vit­re du lab­o­ra­toire où se situe l’action ; le spec­ta­cle d’une muta­tion, mais aus­si le spec­ta­cle de la nais­sance d’un mon­stre. Reste que la prin­ci­pale attrac­tion que nous pro­pose alors le film est celui de la représen­ta­tion, par le numérique, de l’éveil d’une intel­li­gence. Ce n’est pas rien, bien que la scène n’aille pas au-delà de ces ful­gu­rances par­fois cachées au sein de block­busters certes cal­i­brés, mais toute­fois capa­bles d’explorer le temps d’une séquence le poten­tiel mutant d’un ciné­ma où s’entrechoquent le vivant et le numérique – par exem­ple, ce pas­sage de La Planète des singes : l’affrontement où le singe Kuba, pour bern­er des gardes qui se tien­nent sur son chemin, joue au pri­mate inno­cent afin de se saisir d’une arme et abat­tre les vic­times de sa duperie.

Croissance interrompue

Par ce pic, le film se démar­que momen­tané­ment de ses mod­èles, met­tant moins en scène un mal émergeant des pro­fondeurs de l’homme (comme dans The Thing et Alien) qu’une créa­ture sim­ple­ment vorace. Le prob­lème tient à ce que les élé­ments con­sti­tu­tifs de cette scène remar­quable­ment effi­cace ne nour­ris­sent pas ce qui suit : rapi­de­ment, la forme de la créa­ture se fige et prend une apparence plus con­ven­tion­nelle (de petits yeux sournois et une bouche mon­strueuse), le film alterne séquences où le mon­stre est caché (un bout de ten­tac­ule qui traîne dans un couloir) et où il est filmé sous toutes les cou­tures, et, surtout, le réc­it se focalise davan­tage sur les occu­pants du vais­seau que sur les prouess­es de l’alien au poten­tiel incon­nu. À l’exception d’un twist final atten­du mais tout de même glaçant, le film ne parvien­dra jamais à retrou­ver l’intensité de cette bonne séquence et végétera, au fil de sit­u­a­tions répétées en boucle (trou­ver la créa­ture, l’isoler, lui ten­dre un piège), dans un long ven­tre mou.