On peut voir dans cette chronique d’une fin d’été qui emmène avec elle la fin de l’adolescence une petite réplique cana­di­enne des Com­bat­tants de Thomas Cail­ley, présen­té l’an dernier en tout début de Quin­zaine des réal­isa­teurs. Avec le suc­cès que l’on sait, l’ado­les­cent molasse se lais­sait hap­per par le désir d’aven­ture d’une jeune fille de pas­sage pour les vacances sur la côté landaise.
Adam n’est pas telle­ment plus déter­miné que ne l’é­tait Kevin Aza­ïs et passe lui son été sur les rives d’un lac de l’On­tario dans la mai­son que ses par­ents vien­nent d’a­cheter.
Sa ren­con­tre avec deux cousins qui occu­pent leur temps à fumer des joints et inven­ter des sports risqués le con­duit sur le chemin d’un appren­tis­sage de la trans­gres­sion. Dans ce pre­mier long (qui est d’ailleurs la ver­sion étirée d’un court), Andrew Cividi­no veut tout met­tre. Les ter­giver­sa­tions sex­uelles de l’adolescence, la con­struc­tion con­tre le mod­èle des par­ents, la rival­ité entre amis, la trahi­son, la volon­té de revanche sociale… et c’est un peu trop. Si le fil de la chronique s’appuie sur des dia­logues assez vifs (entre les deux cousins et leur grand-mère, par exem­ple) et sou­vent drôles, la volon­té de faire ressur­gir une pro­gres­sion nar­ra­tive noie le film dans un drame un peu pataud.

Bra­quer une épicerie pour en vol­er les bouteilles d’alcool, imag­in­er des fig­ures de skate acro­ba­tiques ou sauter dans le lac depuis de hautes falais­es : la répéti­tion d’actes de bravoure inutiles donne à ce temps de l’innocence per­due une las­si­tude dés­abusée. Car ces garçons ne parvi­en­nent jamais à se définir par ce qu’ils seraient, ou feraient, mais tou­jours par la façon dont ils obser­vent le monde qui les entoure. Assez éton­nam­ment, Cividi­no fait appa­raître l’adolescence comme le moment du regard. Celui de Riley qui fouille la mai­son con­fort­able d’Adam, celui d’Adam qui espi­onne sa voi­sine nuita­m­ment au téle­scope, ou celui de Nate qui sur­prend le père d’Adam en com­pag­nie d’une autre femme que la sienne. Ces deux idées sur com­ment filmer l’adolescence don­nent de jolis moments mal­heureuse­ment trop noyés dans les rebondisse­ments des petites trahisons entre amis qui con­duisent jusqu’à une grande cat­a­stro­phe.