Pro­duit par Cris­t­ian Mungiu, palme d’or à Cannes en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Con­tes de l’âge d’or est un « film à sketchs » qui mérite l’attention. Quel est cet « Âge d’or » que cinq réal­isa­teurs met­tent en con­tes ? La fin de la dic­tature de Ceauşes­cu, un des moments les plus ter­ri­bles de l’histoire roumaine. Si le film reprend avec humour la désig­na­tion para­doxale don­née à une péri­ode trag­ique par la pro­pa­gande du régime, c’est pré­cisé­ment parce qu’il veut jouer de ce détache­ment comique pour par­ler d’une époque dif­fi­cile sans pathos ni charge poli­tique vir­u­lente.

Le film nous con­te donc cinq his­toires que l’on racon­tait et que l’on racon­te encore dans les chau­mières, cinq réc­it de survie, d’arrangements avec les con­traintes absur­des d’un régime dic­ta­to­r­i­al. La vis­ite offi­cielle du Par­ti met tout un vil­lage en émoi (l’on s’empresse de met­tre des fruits dans les arbres !) pour sat­is­faire les autorités… qui finale­ment ne vien­nent pas. Dans le deux­ième épisode, la vis­ite de Gis­card d’Estaing met la presse en bran­le-bas de com­bat : sur les pho­tos, le prési­dent français a son cha­peau sur la tête, tan­dis que Ceauşes­cu est décou­vert, ce qui pour­rait être inter­prété comme un signe de déférence du com­mu­nisme envers le cap­i­tal­isme. Les inter­minables dis­cus­sions bur­lesques et les grotesques manip­u­la­tions pho­tographiques dessi­nent les expé­di­ents sur­réels aux­quels la pop­u­la­tion a été poussée par un régime absurde. Les cinq épisodes sont iné­gaux, et l’on retien­dra surtout les deux pre­miers, très drôles et remar­quable­ment mis en scène. Dans le sec­ond par exem­ple, la rigid­ité du par­ti trou­ve un écho formel fécond dans la raideur des cadrages et des sur­cadrages qui évac­uent toute lib­erté de l’image. Le troisième épisode, trop long, n’est pas à la hau­teur des autres. Il n’y a bien sûr aucune nos­tal­gie pour cet « Âge d’or » qui n’est qu’une antiphrase, mais un regard plein d’une infinie ten­dresse amusée sur ce peu­ple si inven­tif et imag­i­natif. Sous son aspect anec­do­tique, sans trag­ique, le film par­le avec justesse et finesse d’un âge bien peu par­a­disi­aque.