Petit maître du néo-polar urbain, spé­cial­iste de la descente aux enfers made in LA[1], David Ayer se risque ici à une vari­a­tion expend­ab­lesque bis, lestée de ses habituels tics de réal­i­sa­tions (mélange des régimes d’images, mon­tage ultra cut, lumière sim­ili-brute pour met­tre en relief les “gueules”) et du Gou­ver­na­tor, avec son indécrot­table accent aus­tro-cal­i­fornien et une mine de plus en plus tapée. Enchaî­nant les échecs depuis son retour sur les écrans, le bon Schwarzy ne redressera pas la barre avec ce rôle de chef de meute, Sab­o­tage ayant fait un four au box office nord-améri­cain[2]. Une fois cette infor­ma­tion con­nue, restait à savoir si l’amateur d’action ou la belle âme nos­tal­gique de Com­man­do pou­vait néan­moins en atten­dre une série B jus­ti­fi­ant le déplace­ment.

Sois poli si t’es pas joli ? Raté.

Quinze min­utes de film suff­isent à fournir un début de réponse, tan­dis que le cast­ing s’attaque gail­larde­ment (et sans trop d’arrière-pensées par­o­diques) au record du nom­bre de “fuck” par réplique et de vannes grass­es du type “Qui a lâché une caisse ?” (on est indu­bitable­ment chez les vrais). Sab­o­tage est une boucherie assez vaine sur fond d’histoires de car­tels et de magot dérobé, impli­quant des agents des opéra­tions spé­ciales de la DEA sévère­ment givrés, com­man­do de têtes brûlées mari­nant en vase clos. L’intrigue, qui laisse le batail­lon de tatoués se déchir­er tout en dévelop­pant laborieuse­ment une trame de revenge movie, se trou­ve con­duite avec si peu de con­vic­tion qu’on en vient rapi­de­ment à se con­cen­tr­er sur ce à quoi elle sert de pré­texte, à savoir des fusil­lades et scènes d’action burnées et sanglantes.

Un art du bourrin lassant

Cet art du bour­rin et de la sauvagerie mise en images avec une vul­gar­ité revendiquée aurait pu avoir un côté réjouis­sant s’il rece­lait un min­i­mum de dis­tance, au-delà de quelques sail­lies humoris­tiques pas fin­audes. Il eût sans doute aus­si fal­lu que les per­son­nages, atte­lage de têtes con­nues (Sam Wor­thing­ton rasé de près, Mireille Enos en harpie badass, Ter­rence Howard dont on ne se sou­vient que vers la fin…), car­ac­térisés vite fait à l’aide d’une série de surnoms édi­fi­ants, sachent sus­citer un peu plus d’intérêt. Dif­fi­cile, à l’ar­rivée, de se pas­sion­ner pour le sort de ces salopards moins cools ou aso­ci­aux que bas du front. Les excès et trans­gres­sions com­mis­es au cours d’un jeu de mas­sacre qui ne lésine ni sur la bar­baque ni sur les vic­times col­latérales n’ayant pas d’autre but que d’en rajouter une louche pour se dis­tinguer dans le genre, l’ensemble se regarde presque stoïque­ment, jusqu’à devenir las­sant. Si Sab­o­tage sem­ble par­fois se rêver en étude à la Tony Scott, sa con­clu­sion se rêve explicite­ment en règle­ment de comptes de west­ern, rejoignant dans la douleur le fil nar­ratif des pre­mières images. Entre les deux, fait notable, on aura tout de même appris que les forces spé­ciales guaté­maltèques sont les meilleures du monde et font cauchemarder l’élite des flics US. Fuck.

Notes

Notes
↑1 Bad Times, End of Watch ou Au bout de la nuit côté réal­i­sa­tions, Train­ing Day et Dark Blue côté scénario/adaptation.
↑2 10 petits mil­lions de dol­lars de recettes (pour 35 mil­lions de bud­get, selon les esti­ma­tions).