Tom Lud­low est le meilleur détec­tive de l’Ad Vice, unité spé­ciale de la police de Los Ange­les… Accusé à tort du meurtre d’un col­lègue, Lud­low va devoir lut­ter seul con­tre le sys­tème cor­rompu pour prou­ver son inno­cence… Du polar costaud, mais sans sur­prise…

En quelques films, David Ayer s’est posé en nou­velle référence du polar améri­cain. Ses débuts comme scé­nar­iste ont claire­ment don­né un nou­veau souf­fle au genre grâce aux très bons Train­ing Day et Dark Blue. Sa descrip­tion du monde polici­er revi­tal­i­sait des codes ren­dus mori­bonds par l’adjonction dis­pro­por­tion­née de pyrotech­nie, qui avait fait pro­gres­sive­ment bas­culer le film noir vers une pure ciné­matogra­phie d’action. On retrou­vait enfin des per­son­nages forts. On rep­longeait avec plaisir dans les con­tra­dic­tions de l’exercice de l’ordre.

Passé à la réal­i­sa­tion en 2005, avec Bad Times, qu’il avait égale­ment écrit, David Ayer livre avec Au bout de la nuit son pre­mier film de com­mande. Il réus­sit à y appos­er sa mar­que faite d’un désir doc­u­men­taire à décrire les méan­dres de l’organisation poli­cière, d’une prépondérance pour les plans moyens au détri­ment des plans larges afin d’insuffler un rythme nerveux à l’ensemble, d’un goût cer­tain pour les héros bor­der­line à l’ambiguïté ici scel­lée à l’alcool, et d’une envie mal­heureuse­ment trop rare d’oser aller tourn­er dans de véri­ta­bles ban­lieues chaudes.

Mal­gré ses qual­ités non nég­lige­ables, Au bout de la nuit n’arrive que trop rarement à sus­citer l’enthousiasme. La faute à un scé­nario telle­ment clas­sique qu’il en devient prévis­i­ble. L’idée orig­i­nale est l’œuvre de James Ell­roy. Lui avait placé son réc­it dans le Los Ange­les post-émeutes de 1992. Du coup, sa nar­ra­tion reposant sur une vaste affaire de cor­rup­tion dans les rangs des forces de police don­nait un sous-texte socié­tal puis­sant qui exac­er­bait les ten­sions entre les per­son­nages et menait le film hors des sen­tiers bat­tus.

Les pro­duc­teurs ont fait le choix de trans­pos­er l’histoire de nos jours. Grave erreur. Coupé de sa base thé­ma­tique, comme un poulet sans tête, le film divague sans néces­sité établie. Quelques dia­logues sur­na­gent. Des sit­u­a­tions éton­nent. Mais en général, les séquences s’enchaînent plate­ment les unes aux autres. Les rebondisse­ments tombent à plat. Dom­mage. Quand le film noir fait se frôler une petite his­toire avec la plus grande, il con­fère au chef‑d’œuvre (M le Mau­dit, Casablan­ca…).

Crispé dans sa logique étriquée, Au bout de la nuit ne touche que trop rarement à ce qui fait le cœur du polar : la diva­ga­tion, l’échappée belle… Là où le temps se dilate. Là où l’errance per­met de saisir la com­plex­ité du monde urbain. Quand Lud­low se dresse sur les collines sépul­crales sur­plom­bant L.A. alors que l’aube se lève, l’écran éclate enfin de beauté, l’image acquiert une den­sité, le rap­port à la ville se fait char­nel… Mal­heureuse­ment, il s’agit de la scène finale.

À not­er dans Au bout de la nuit – Hugh Lau­rie (Dr House) et Amau­ry Nolas­co (Prison Break) – comme dans le récent Gone Baby Gone de Ben Affleck – Michael K. Williams et Amy Ryan (The Wire), la présence dans la galerie de sec­onds rôles de nom­breux acteurs de série télévisée. Aujourd’hui, pour les gueules d’atmosphère, le petit écran fait office de vivi­er prin­ci­pal.