C’est le réc­it à la pre­mière per­son­ne de ce réal­isa­teur améri­cain par­ti au Paraguay avec femme et enfant pour récupér­er un bébé adop­té. Comme c’est sou­vent le cas dans ce type de trac­ta­tions, ils vont se heurter à la lenteur des procé­dures tout en prof­i­tant de cette longue per­ma­nence pour s’adapter au pays et con­naître un bout de son his­toire. Petit à petit, sa curiosité va l’amener à se pencher sur la respon­s­abil­ité améri­caine face aux dic­tatures qui ont miné le Paraguay.

L’aspect ama­teur – tourné en 16 mm – con­féré par le film de famille joue ici un rôle à dou­ble tran­chant. D’un côté, son car­ac­tère privé voire nom­briliste peut déranger et réduire une portée qui aurait pu être uni­verselle. Cepen­dant, il sied par­faite­ment à cette forme de naïveté que les détracteurs ont cou­tume d’attribuer aux Améri­cains dès lorsqu’il s’agit de con­stater les dégâts de leur impéri­al­isme. Cela dit, en tant qu’Occidentaux nous sommes bien oblig­és de fédér­er tant bien que mal sous ce regard un peu ébahi. Accep­tée cette mise en garde préal­able, In Paraguay devient un doc­u­men­taire plaisant juste­ment par l’humour pince-sans-rire de l’autodérision de McEl­wee. Aus­si, la rel­a­tive insou­ciance de son aven­ture famil­iale sert de bal­ance avec la grav­ité des faits his­toriques racon­tés par-ci par-là comme dans un jour­nal de bord où l’on passe du coq à l’âne au fil des pages. Après tout, c’est générale­ment en voy­ageant sans un but pré­cis que l’on décou­vre tout à coup des choses qui vien­nent d’elle-même : quel intérêt y aurait-il eu d’organiser une expédi­tion au Paraguay exprès dans le but d’en con­naître l’histoire ? Force est de con­stater que nous suiv­ons le film car nous nous y recon­nais­sons. Son réc­it aurait pu être le nôtre et nos indig­na­tions d’Européens phil­an­thropes aver­tis n’y fer­ont rien.