Huang­gua (Con­com­bre) est découpé en chapitres séparés par des fon­dus au noir : ces frag­ments nous présen­tent alter­na­tive­ment les quo­ti­di­ens de trois groupes de per­son­nages, à Pékin. Lao Chen est un ouvri­er au chô­mage, son fils ado­les­cent est en con­flit avec lui, sa femme le trompe depuis qu’il est impuis­sant. En atten­dant qu’un pro­duc­teur finance le scé­nario qu’il a écrit, le jeune Xiao Chen erre ou joue aux jeux vidéo, entretenu par sa petite amie qui se pros­titue à son insu. Da Chen, venu de la cam­pagne avec sa femme muette et son petit garçon, vend illé­gale­ment des fruits et légumes dans la rue, sac­ri­fi­ant tout pour que son fils puisse faire des études. Ces trois his­toires sont indépen­dantes les unes des autres, les per­son­nages ne se croisant que furtive­ment, le temps d’un plan ou d’un regard. Le con­com­bre est le fil formel qui les relie, cha­cun des trois groupes étant asso­cié à un plat à base du légume et l’achetant chez le même Da Chen. Zhou Yaowu dit avoir choisi le con­com­bre parce qu’il ressem­ble aux gens qu’il filme en ce qu’on par­le peu de lui mal­gré ses qual­ités. Les trois his­toires se retrou­vent surtout en étant trois décli­naisons de con­di­tions de vie dif­fi­ciles aujourd’hui à Pékin. Pau­vreté, rack­et, pros­ti­tu­tion, chô­mage, racisme…, le cinéaste dresse un som­bre tableau de son pays, évo­quant égale­ment les rap­ports entre généra­tions. Mal­gré la pesan­teur du sujet, Huang­gua est un film gra­cieux. Dans les longs plans séquences, les per­son­nages sem­blent s’adonner à un bal­let : en gros plan ou tout petits, tan­tôt ils entrent et sor­tent du cadre fixe, tan­tôt la caméra se meut, les suit ou les laisse quit­ter le champ. Par­fois, Zhou Yaowu coupe bru­tale­ment, presque au milieu d’une phrase, par­fois il prend le temps de filmer ce qui vient après l’action, les paroles, le geste. Il explore égale­ment les poten­tial­ités du hors champs, n’a pas peur de faire dur­er un plan vide de présence humaine ou rend prég­nant le chaos de la ville alen­tour. La diver­sité formelle au ser­vice de per­son­nages très touchants, la finesse avec laque­lle sont racon­tées ces his­toires graves, font de Huang­gua, dont l’auteur a suivi les cours de Jia Zhang-ke, un pre­mier film promet­teur.