Anber­ber ren­tre en Éthiopie après de longues années d’absence. La sit­u­a­tion n’a pas vrai­ment changé et le pays est passé d’une dic­tature à une autre, ce qui le pousse à remet­tre en ques­tion ses idéaux. C’est l’occasion pour revenir en arrière à tra­vers les étapes qui ont forgé son intel­lec­tu­al­isme social­iste : ses études de médecine en Alle­magne et son pre­mier retour où il devra con­fron­ter ses utopies avec la vio­lence de la dic­tature marx­iste. Lui qui rêvait de soign­er ses com­pa­tri­otes pour les sauver des mal­adies faisant rav­ages en Éthiopie, trou­vera une meilleur voie pour recom­mencer à vivre dans ce pays qu’il ne parvient pas à aider.

C’est plus qu’un beau film. Que ce soit d’un point de vue visuel ou de celui moral, Teza ne cherche pas à com­pli­quer les choses plus qu’elles ne le sont. C’est la grandeur d’un film con­scient d’avoir un matéri­au qui se suf­fit à lui-même : Ger­i­ma laisse par­ler sa terre sans l’encombrer de mots. Pas un effet trop enjo­li­vant, mais sim­ple­ment une pra­tique du mon­tage en flash-backs car le prob­lème de Teza est avant tout celui de la mémoire. Anber­ber n’a plus de sou­venirs quand il ren­tre chez lui, mais il va vite se ren­dre compte des raisons de ce blocage. Son impuis­sance et la van­ité de ses pré­ceptes poli­tiques face aux prob­lèmes de l’Éthiopie révè­lent la faille cru­elle qui se creuse entre une doc­trine et son appli­ca­tion, mais aus­si la dif­fi­culté préal­able de con­cili­er une cer­taine naïveté occi­den­tale avec la grav­ité d’une réal­ité tou­jours plus com­plexe. La preuve nous est don­née par l’incapacité d’Anberber de retrou­ver la mémoire par ses pro­pres moyens médi­caux, seul le rite éthiopi­en de l’eau glacée l’aidera. Aus­si, c’est un vieux savant de sa tribu qui saura lui indi­quer les raisons de sa frus­tra­tion. Là où sa for­ma­tion alle­mande serait cen­sée l’avantager, il se retrou­ve de fait redev­able aux pra­tiques ances­trales de ses orig­ines. Par con­séquent, bien qu’il soit lucide sur ses défauts, c’est dans ce monde qu’Aberber cherchera de nou­velles bases pour se recon­stru­ire. Une triste et belle leçon de vie.