Auréolé du nom de la star du moment, à savoir Jes­si­ca Chas­tain, et pro­duit sous le haut patron­age de Guiller­mo del Toro, Mama a de quoi attir­er les curieux. Si le scé­nario con­voque les habituelles petites filles aux cheveux sales qui par­lent à des fan­tômes, on était en droit d’attendre une réal­i­sa­tion à la hau­teur de L’Échine du Dia­ble ou du Labyrinthe de Pan, tous deux mis en scène par Del Toro. La décep­tion est mal­heureuse­ment à la hau­teur de l’attente.

L’enfance fait depuis longtemps par­tie des grands thèmes hor­ri­fiques, par­ti­c­ulière­ment pour les réal­isa­teurs his­panophones. Les Révoltés de l’an 2000, Frag­ile, L’Or­phe­li­nat, ou plus récem­ment Insen­si­bles se sont ain­si penchés, de façon dif­férente, sur le mys­tère de l’enfance et les peurs qui y sont attachées. Pour son pre­mier long métrage, l’Argentin Andrés Muschi­et­ti ne déroge pas à cette règle et pro­pose un con­te macabre, entre poésie et épou­vante.

Un père, après avoir assas­s­iné ses col­lègues de bureau et son ex-femme, enlève ses deux fil­lettes, Vic­to­ria et Lily. Alors que le trio trou­ve refuge dans une vieille cabane au fond des bois, un être sur­na­turel fait son appari­tion, exé­cute le pater­nel et prend sous son aile les deux enfants. Cinq ans plus tard, des détec­tives engagés par Lucas, l’oncle des filles, retrou­vent les deux sœurs. Elles sont alors placées chez cet homme (Niko­laj Coster-Wal­dau) et sa fiancée Annabel (Jes­si­ca Chas­tain), sous la sur­veil­lance d’un psy­chi­a­tre. Décon­nec­tées du réel et inadap­tées, Vic­to­ria et Lily présen­tent des trou­bles impor­tants de la per­son­nal­ité et sem­blent avoir créé une entité pro­tec­trice du nom de Mama. Mais cette fig­ure mater­nelle va se révéler bien autre chose qu’une con­struc­tion de l’esprit…

Tout ama­teur de film de genre ne peut être que con­sterné par l’indigence du syn­op­sis. Tous les ingré­di­ents maintes fois rebat­tus (enfants, fan­tôme, mai­son dans les bois, per­plex­ité des adultes…) ser­vent de trame nar­ra­tive à Mama. Un logi­ciel paramétré avec ces mots-clés n’aurait pas fait mieux. Toute­fois, le scé­nario n’étant que rarement l’apanage des films d’horreur, la mise en forme doit être à la hau­teur pour com­penser les lacunes et les facil­ités d’écriture. De ce côté-là, Mama fait le min­i­mum syn­di­cal. Mal­gré quelques bril­lantes idées (un cadrage malin où Lily joue avec un ami invis­i­ble par exem­ple), le métrage de Muschi­et­ti se com­plaît dans des rebondisse­ments téléphonés (le coup du plac­ard qu’on pense vide, les appari­tions et dis­pari­tions instan­ta­nées d’une ombre fan­toma­tique soutenues par une stri­dence musi­cale…). Bien que Vic­to­ria, l’aînée, soit traitée par un médecin et que son réc­it pour­rait être com­pris de façon rationnelle (elle a inven­té ce per­son­nage mater­nel) ou irra­tionnelle (un fan­tôme les pro­tège véri­ta­ble­ment), le film fait le choix d’abandonner toute ambiguïté con­cer­nant l’existence de cette « mère » de sub­sti­tu­tion au prof­it d’une nar­ra­tion linéaire, lit­térale et donc sans aucun sus­pense. Noy­ant sa deux­ième par­tie dans des flash-back expli­cat­ifs quant au passé de la fameuse Mama (une his­toire d’asile et de deuil non assumé), le réal­isa­teur sort tout de même des sen­tiers bat­tus dans les dernières min­utes. Ce final inat­ten­du et trag­ique ne parvient toute­fois pas à redress­er la barre d’un film devant lequel on s’ennuie ferme, tout sim­ple­ment.