On aurait pu penser que le désir de réal­i­sa­tion ne naî­trait chez un pro­duc­teur qu’à la faveur d’un pro­jet si per­son­nel qu’il n’envisagerait pas de le con­fi­er à quelqu’un d’autre (même plus tal­entueux), ou si unique qu’il se priverait dif­fi­cile­ment de sa pater­nité. C’est pour ces raisons que ce pas­sage der­rière la caméra d’Antonio Chavar­rías est une sur­prise et une décep­tion, de la part d’un pro­duc­teur auréolé de beaux suc­cès comme La Tes­ta Asus­ta­da, couron­né ici-même il y a trois ans. En effet, Dic­ta­do est d’une ter­ri­ble banal­ité. Drame trop prévis­i­ble, il racon­te un entremêle­ment bour­ratif de cul­pa­bil­ités étouf­fées, frisant même le sur­na­turel sans jamais vrai­ment l’appuyer. Insti­tu­teur en cou­ple, Daniel voit réap­pa­raitre dans sa vie un vieil ami, avec qui il partage le lourd secret d’un meurtre involon­taire com­mis dans leur enfance. Sitôt réap­paru, l’ami se sui­cide, lais­sant sa fille orphe­line, et un quipro­quo amène Daniel et sa com­pagne (en mal de mater­nité) à l’adopter. Mais la petite Julia se com­porte par­fois comme une revenante.

Ce pro­gramme assez lour­dingue suit le cours très con­ven­tion­nel que l’on peut imag­in­er : échanges dosés entre le sou­venir refoulé (dont, évidem­ment, on fait des cauchemars), l’anxiété hal­lu­cinogène qu’il sus­cite, le présent, et le cam­ou­flage de plus en plus dif­fi­cile de ce lourd passé qui revient à la charge. La ten­sion fonc­tionne, la réal­i­sa­tion n’est pas prise en défaut, mais l’usine tourne à vide : dès le début du film, les clés sont don­nées, et il n’y a plus rien à faire que de regarder le mécan­isme démon­ter le secret pièce par pièce. Dans cette machine très imper­son­nelle, on remar­quera toute­fois volon­tiers une écri­t­ure plutôt mature des per­son­nages, et notam­ment Daniel. Le jeu tout en retenue de Juan Diego Bot­to ne cède pas immé­di­ate­ment au rôle que ce type de fic­tion lui impose ; il reste sere­in, s’autoanalyse méthodique­ment, ne som­bre que très tar­di­ve­ment dans la psy­chopathie et envis­age même à un cer­tain point de con­sul­ter un psy­chi­a­tre – solu­tion raisonnable et presque comique dans un thriller psy­chologique. Mais cette mai­gre poussée d’originalité reste assez anec­do­tique et n’enlève rien à la vacuité générale de ce film.