Pour ceux qui ont raté leur venue en Europe (ou n’avaient pas 200 livres à met­tre lors de leur pas­sage à l’O2 en juin dernier), la Fox a pen­sé à tout et nous pro­pose sur grand écran (qui plus est en 3D) la cap­ta­tion de la deux­ième tournée du Glee cast. Entre­coupé de ren­con­tres back­stage et d’interviews d’adeptes, ce live souf­fre d’un manque de créa­tiv­ité cer­tain et rate com­plète­ment son analyse de la « fan atti­tude » pour ne véhiculer qu’un mes­sage de pro­pa­gande pro-Glee plutôt agaçant.

Véri­ta­ble phénomène out­re-Atlan­tique, Glee (dont la troisième sai­son vient de com­mencer aux États-Unis) a trou­vé en France, pays pour­tant moins aguer­ri aux musi­cals, un cer­cle d’initiés qui se régale ain­si des aven­tures de Kurt, Rachel et Puck sur fond de numéros de comédies musi­cales. Il faut dire que le par­ti pris de renou­vel­er à la sauce Broad­way la série pour ados est plutôt bien vu et que le résul­tat est sou­vent à la hau­teur des attentes. Certes, ce n’est pas par la qual­ité de son scé­nario que la série restera dans la légende. Mais elle a eu le mérite, du moins dans sa pre­mière sai­son, d’opter pour une track list assez pointue, alter­nant stan­dards de la pop et clas­siques du musi­cal. Seule­ment voilà, vic­time de son suc­cès, Glee est vite dev­enue une poule aux œufs d’or mar­ket­ing capa­ble de génér­er bon nom­bre de pro­duits dérivés. Pas éton­nant donc, qu’au fil des saisons, les hom­mages aux stars de la pop (Madon­na, Lady Gaga) aient vam­pirisé les divas du musi­cal dans des épisodes « trib­ute to », avec à la clé la sor­tie d’une bande orig­i­nale. Pas éton­nant, non plus, qu’à chaque fin de sai­son, les pro­duc­teurs aient décidé de lancer une tournée Glee pour que tous les fans de la série puis­sent voir en chair et en live leurs per­son­nages préférés.

On ne doute pas une sec­onde que, lors de ces con­certs, l’ambiance y est explo­sive. Mais pour ce qui est de la retran­scrip­tion sur grand écran, l’énergie indé­ni­able des acteurs/chanteurs ne sauve pas la pau­vreté de la scéno­gra­phie et le manque général de créa­tiv­ité. Et ce n’est pas l’apparition en guest de Gwyneth Pal­trow ni l’interprétation tou­jours aus­si bril­lante de «Don’t rain on my parade» par Rachel qui y chang­eront grand-chose. Du coup, on en vient vrai­ment à ques­tion­ner la légitim­ité d’une sor­tie en salles, en dehors des enjeux financiers. Il faut dire que la qual­ité de la cap­ta­tion n’aide pas non plus. Aus­si basique qu’une émis­sion de var­iétés de TF1, la réal­i­sa­tion reste très molle et n’exploite pas du tout les pos­si­bil­ités offertes par la 3D. C’est d’autant plus dom­mage que Sexy Dance ou Pina ont bien mon­tré en quoi le relief pou­vait réin­ven­ter de manière habile le film musi­cal en posant de nou­velles per­spec­tives sur la mise en espace. Bref, une fois de plus, la 3D est vue comme un gad­get, un plus mar­ket­ing pour motiv­er les troupes dans les salles obscures.

L’autre car­ac­téris­tique de la série Glee, c’est d’être un peu Les Cho­ristes ver­sion « lit­tle mon­ster », une mise en pra­tique de la philoso­phie gagaesque des lais­sés pour compte, ceux qui sont en marge… Dans cette ode à la tolérance et au « born this way » on y trou­ve des hand­i­capés, des filles pas pop­u­laires, des éjac­u­la­teurs pré­co­ces, des lycéennes enceintes, des blacks, des gays… Et bizarrement, ce que ce Glee on Tour laisse enten­dre, c’est que les adeptes de la série seraient tous à l’image de ses héros. En effet, chaque chan­son du con­cert est entre­coupée d’interviews de fans qui sem­blent tout droit sor­tis d’un mau­vais épisode de Strip-Tease. Cha­cun à sa manière nour­rit une espèce de pro­pa­gande pour nous con­va­in­cre des ver­tus thérapeu­tiques de cette série. En fil rouge, on a même droit à trois inter­venants – un homo, une ago­ra­phobe et une naine – qui con­tent de manière très cliché les épreuves qu’ils ont tra­ver­sées et en quoi Glee, comme dans toute suc­cess-sto­ry à l’américaine, les a trans­for­més. Le prob­lème, c’est que le point de vue du film n’est jamais très clair vis-à-vis de ces fans et que l’on ne sait jamais où se situer, entre le pre­mier degré com­patis­sant et la dis­tance ironique. Il y avait pour­tant matière à porter une vraie réflex­ion sur le fanatisme et le rôle que peut avoir la cul­ture pop­u­laire pour aider à l’affirmation de soi et la lutte con­tre les dis­crim­i­na­tions. Mais c’était sûre­ment trop deman­der. Au bout du compte, ce Glee en ver­sion 3D se mon­tre aus­si vain et inutile que le mer­chan­dis­ing dis­tribué lors des tournées. Pro­duit hybride, il est la ren­con­tre improb­a­ble et ratée entre un live digne de la Star Ac’ et Con­fes­sions intimes.