Dev­il repose sur un con­cept très sim­ple qui a le charme vin­tage de cer­tains épisodes de La Qua­trième Dimen­sion : soient cinq indi­vidus qui ne se con­nais­sent ni d’Ève ni d’Adam, mon­tent en même temps dans l’as­censeur d’un immeu­ble de bureaux de Philadel­phie et se retrou­vent blo­qués entre deux étages. Évidem­ment, la panne n’a rien d’ac­ci­den­tel et nos cinq cobayes vont devoir affron­ter une force sur­na­turelle qui sem­ble vouloir révéler leurs secrets les plus som­bres tout en les dézin­guant les uns après les autres… L’idée, sim­ple comme bon­jour, peut se déclin­er à l’in­fi­ni tant les pistes à explor­er sont nom­breuses : du cauchemar gore de The Thing à l’en­nuyeux casse-tête de Cube, le principe du huis clos est sujet à toutes les inter­pré­ta­tions ciné­matographiques. Et l’on n’est pas moins curieux de voir ce que M. Night Shya­malan, auteur du réc­it dont s’in­spire le scé­nario et pro­duc­teur du film, peut pro­pos­er lorsqu’il n’est pas soumis à la pres­sion de la mise en scène et qu’il se frotte, pour le plaisir et avec moins d’en­jeu, à l’ex­er­ci­ce des vari­a­tions sur un thème imposé. Lui, le maître des illu­sions et des chausse-trappes, le roi des retourne­ments de sit­u­a­tion per­fec­tion­nés de Six­ième sens en Incass­able et de Signes en Vil­lage, a for­cé­ment un petit tour de passe-passe en réserve pour per­ver­tir un con­cept aus­si sim­plet…

La réponse est non, hélas. Car au terme des très longues qua­tre-vingts min­utes de ce pathé­tique thriller hor­ri­fique, on en vient à regret­ter les réc­its bal­isés des mau­vais­es séries Z de notre enfance : à tout pren­dre, mieux vaut encore un scé­nario cou­ru d’a­vance que ce fourre-tout indi­geste aux nauséabonds relents moral­istes sur les thèmes du par­don et de la rédemp­tion. Car c’est bien de cela qu’il s’ag­it ici : en pous­sant à l’ex­trême le célèbre “L’en­fer, c’est les autres” cher à Sartre (ici, le Dia­ble se cache dans l’as­censeur), le réal­isa­teur John Erick Dow­dle ne s’embarrasse pas de pincettes et se vautre dans le con­te hor­ri­fique au sous-texte pseu­do-philosophique : qu’est-ce que le mal ? où se niche le péché ? Et quand peut-on se laiss­er aller au par­don ? Autant de ques­tions traitées à la va-comme-je-te-pousse avec la sub­til­ité d’un épisode de La Phi­lo selon Philippe réal­isé par un assis­tant réal’ de Saw VI.

Au petit jeu du chat et des souris qui se trame dans l’as­censeur répond, en con­tre­point, l’en­quête d’un flic-bour­ru-avec-un-trau­ma-qui-lui-fait-beau­coup-fron­cer-les-sour­cils et qui, bien enten­du, va com­pren­dre que ce n’est pas qu’un hasard s’il doit enquêter sur cette affaire. Il n’est pas inter­dit de bâiller ou de lever les yeux au ciel, selon l’é­tat de fatigue ou d’én­erve­ment, face à l’in­ter­pré­ta­tion mastodonte des cinq pro­tag­o­nistes enfer­més, pour lesquels on serait bien en peine d’éprou­ver une once d’empathie. Inutile d’e­spér­er un sem­blant de mise en scène qui viendrait per­turber la monot­o­nie de l’ensem­ble en pro­posant, par exem­ple, un début d’idée de traite­ment de l’e­space con­finé dans lequel se trame l’in­trigue. Le nom de Shya­malan, argu­ment de vente apparem­ment impa­ra­ble (mais pour com­bi­en de temps encore ?) trône sur l’af­fiche. Y a pas de quoi être fier.