De fac­ture clas­sique, muet et tourné en Algérie en 1929, Le Bled est le résul­tat d’une com­mande. Un film peu con­nu de Jean Renoir, dans lequel on aurait tort de chercher à tout bout de champ la pat­te du cinéaste engagé.

Le Bled se con­stru­it sur la base d’un scé­nario squelet­tique, auquel des vues doc­u­men­taires vien­nent don­ner chair.
Ses per­son­nages, proches du bur­lesque, sont deux Français qui vivent un coup de foudre amoureux à bord d’un paque­bot les amenant en ter­res algéri­ennes. Une terre où l’on peut vite s’enrichir si on s’en tient à l’histoire.
Elle, Claudie Duver­net, est une héri­tière, lui, Pierre Hof­fer, est fauché comme les blés. Ce jeune homme est venu qué­man­der à son oncle — un vieux qui con­nait la valeur du tra­vail — un peu d’argent. Out­re l’intrigue amoureuse, le film fait le réc­it de la ren­con­tre de ce rat des villes avec le rat des champs, un colon exploitant.

C’est donc prin­ci­pale­ment dans sa matière doc­u­men­taire − la richesse de ses plans dévoilant l’Algérie du 20ème siè­cle − que le film trou­ve un intérêt. Notam­ment lors de la scène de la chas­se à la gazelle, un véri­ta­ble cli­max dra­ma­tique mais aus­si une séquence d’éveil créatif pour le cinéaste Jean Renoir. Un mon­tage moins con­ven­tion­nel met en valeur des plans de cours­es pour­suites entre humains à dos de chameaux et gazelles esseulées en plein cœur du désert. La séquence, très longue, fait l’effet d’un petit lab­o­ra­toire pré­para­toire à la fameuse scène de chas­se de La Règle du jeu. Elle témoigne égale­ment de ten­ta­tives tech­niques, comme la caméra embar­quée à dos de chameau, et de prouess­es de tour­nage telle que l’attaque du méchant ravis­seur (le cousin jaloux de Claudie) par d’authentiques fau­cons. Une scène que beau­coup de spec­ta­teurs ont mis en par­al­lèle avec le désor­mais légendaire film d’Hitchcock.

Présen­té dans la sélec­tion Alger, ville ciné­matographique, Le Bled, témoigne ain­si d’«Alger la blanche » de l’époque colo­niale sous le prisme de l’étonnant mélange d’un scé­nario de fic­tion moral et niais et d’images d’une réal­ité passée sai­sis­sante d’authenticité.