Les fes­ti­vals réser­vent par­fois quelques sur­pris­es der­rière le fagot de la sélec­tion offi­cielle : c’est ain­si que, dans le pro­gramme Oriz­zon­ti, nous avons pu savour­er les vingt min­utes d’émotion brute procurées par le court-métrage d’Arnaud des Pal­lières, Diane Welling­ton. Der­rière ce nom se cache une jeune femme des années 1930, riche héri­tière d’une famille de pro­prié­taires ter­riens dans le Dako­ta du Sud. Le réal­isa­teur joue sur l’idée d’une séance de pro­jec­tion famil­iale, racon­tée à la pre­mière per­son­ne par un nar­ra­teur qui se plonge dans les sou­venirs loin­tains de sa mère. Mais plus qu’un jour­nal intime, il s’agit d’une impres­sion tem­porelle. Hom­mage au ciné­ma muet, con­tex­tu­al­i­sa­tion ultime, Diane Welling­ton est entre­coupé de car­tons qui pren­nent en charge le lien entre quelques séquences d’archives mul­ti­ples et l’histoire édi­fi­ante de Diane. La sobriété des notes mélan­col­iques d’un piano appuie à peine le réc­it trag­ique de la mys­térieuse ado­les­cente du titre, con­voitée, enviée par ses amies parce que for­tunée : sans que l’on ne sache pourquoi ou com­ment, Diane dis­paraît un beau jour. Jamais mélo­dra­ma­tique, le court-métrage réus­sit à préserv­er une ten­sion pal­pa­ble au tra­vers des vis­ages enfan­tins qui défi­lent, des scènes de rue anodines qui restituent l’atmosphère de ce Dako­ta où il fait tou­jours trop chaud ou trop froid. Quelques mots, quelques panora­mas, et l’on com­prend que le cli­mat n’est pas plus hos­tile que les êtres humains. L’or­di­naire est sub­limé par l’éclairage des archives et le fil ténu entre l’image et la voix qui se rejoignent sans cesse : car grâce à ses quidam pat­inés par le temps se sont prob­a­ble­ment dressés les can­cans les plus extrav­a­gants. Sub­tile­ment, le cinéaste n’utilise aucun ressort extra­or­di­naire pour décrire la dis­pari­tion : les par­ents de Diane, nous dit-on, vin­rent chercher les affaires de leur fille au lycée, et la rumeur, apparue avec véhé­mence, ver­ra l’oubli lui suc­céder. On ne dévoil­era pas le fin mot de l’histoire, poignant, qui, tou­jours délivré à la pre­mière per­son­ne, fait bas­culer cette sim­ple nou­velle dans le con­te social. Avec une grande sim­plic­ité, une grande élé­gance, Arnaud des Pal­lières redonne vie, le temps d’une évo­ca­tion plurielle et aut­ofic­tion­nelle, à une vic­time de son temps. Qui a dit que le court-métrage était une forme mineure ?