Sous ses (faux) airs de petit film fauché mais malin comme un singe et plus flip­pant que L’Exorciste et Pol­ter­geist réu­nis, Para­nor­mal Activ­i­ty est, surtout, une œuvre dans l’air du temps : plus « développe­ment durable », tu meurs. Car en matière de recy­clage, on ne fait pas mieux : un scé­nario qui tient sur un post-it, un bud­get ultra ser­ré (une caméra, la mai­son du réal­isa­teur en guise de décor et deux appren­tis comé­di­ens payés au lance-pierre pour le cast­ing) et un con­cept calqué sur le même principe que les vus et revus Pro­jet Blair Witch et REC : hop, le tour est joué ! Un joli coup qui s’est avéré payant, puisque Para­nor­mal Activ­i­ty, tourné en sept jours pour 15 000 dol­lars, en a rap­porté plus de 115 mil­lions sur le seul sol améri­cain. Racheté par Para­mount qui a un temps envis­agé de le laiss­er dans ses car­tons pour en faire un remake bour­ré d’effets spé­ci­aux, Para­nor­mal Activ­i­ty a fait le tour des fes­ti­vals et a gag­né un pub­lic de fans aver­tis, par­mi lesquels Spiel­berg lui-même, dont les con­seils avisés ont per­mis au réal­isa­teur de tourn­er une fin un peu plus rac­cord avec les attentes du pub­lic. Ajoutez à ça une bande-annonce effi­cace (comme celle pro­posée pour REC il y a deux ans, elle choisit de mon­tr­er les réac­tions d’un pub­lic-test dans la salle, plutôt que des images du film en lui-même) et l’affaire se révèle sacré­ment payante.

En réal­ité, le buzz autour du film est bien plus intéres­sant que le film en lui-même : l’attente (et la mon­tée d’adrénaline qui l’accompagne) est plus jouis­sive que le pro­duit fini, for­cé­ment déce­vant. Il est donc forte­ment con­seil­lé au pub­lic de se délecter de ces prélim­i­naires car, en dehors des portes qui claque­nt et des draps qui volent, Para­nor­mal Activ­i­ty mon­tre surtout deux mau­vais comé­di­ens jouant à se faire peur avec un camés­cope. Con­traire­ment au décrié Pro­jet Blair Witch, qui jouait habile­ment sur des peurs prim­i­tives (la forêt, la nuit, les bruits incon­nus) et repo­sait entière­ment sur ce qui se passe hors champ, lais­sant toute lat­i­tude au pub­lic pour y pro­jeter ses angoiss­es, Para­nor­mal Activ­i­ty met le spec­ta­teur dans une posi­tion voyeuriste. D’emblée, nous sommes invités à partager l’intimité de ce cou­ple qui fait le choix de se filmer en con­tinu pour percer les secrets de ce qui – on l’apprend bien assez tôt – pour­suit l’héroïne depuis l’enfance : un esprit frappeur et drôle­ment remon­té. Bien enten­du, c’est dans la cham­bre à couch­er que se joueront les actes prin­ci­paux de cette farce grotesque qui reprend les gross­es ficelles d’un sous-genre exsangue (le film de pos­ses­sion) et les adapte à la sauce Loft Sto­ry : le plus intéres­sant est ce qui se passe quand les lumières sont éteintes et que la caméra passe en mode infrarouge, enreg­is­trant de façon exhaus­tive, en plan fixe, ce qui se trame sous les draps. Mais le réal­isa­teur ne sem­ble même pas avoir saisi toutes les poten­tial­ités de son idée de départ, pour­tant riche de promess­es : un héros beauf qui ne prend pas la men­ace au sérieux, une héroïne tour­men­tée depuis le plus jeune âge, pos­sédée par un corps étranger qui vient frap­per la nuit, sur le lit con­ju­gal… et, entre eux deux (ou eux trois, si l’on compte le démon), une caméra omni­sciente qui enreg­istre, dans ses moin­dres détails, les dif­férentes étapes de ce drame domes­tique qui oppose les mem­bres de ce curieux ménage à trois. Même le médi­um appelé à la rescousse ressem­ble à un con­seiller con­ju­gal !

Alors on pense à Lynch, De Pal­ma, Car­pen­ter ou Cro­nen­berg, encore et tou­jours eux, et l’on ne peut que se délecter d’imaginer ce qu’ils auraient fait d’une idée pareille, fort exci­tante sur le papi­er mais cru­elle­ment sous-exploitée à l’écran. Même pas vrai­ment flip­pant, Para­nor­mal Activ­i­ty utilise mal le hors-champ et l’espace, se bor­nant à utilis­er les mêmes ficelles grossières pour faire mon­ter une may­on­naise au goût rance de déjà-vu. Le final, grotesque, vient con­tredire l’esprit bricolé de l’ensemble : mal­adroite­ment gon­flé par quelques trucages numériques, calqué sur la vague (pour­tant déjà bien ringarde) de l’horreur nip­pone à la Ring ou The Grudge, il a en out­re le mau­vais goût de pren­dre le spec­ta­teur la main dans le pot de con­fi­ture, d’un air répro­ba­teur : promis, c’est fini, plus jamais ça, on ne nous y repren­dra plus.