Saint-Valentin oblige, voici venu le tra­di­tion­nel flot de comédies roman­tiques, pour la plu­part vouées à dis­paraître aus­si vite qu’elles ont été pro­duites. Minus­cule orig­i­nal­ité de celle-ci : plutôt que les ater­moiements de deux âmes-sœurs qui s’ai­ment mais met­tent 1h30 à se l’avouer, Meilleures enne­mies con­fronte deux femmes, deux can­di­dates au mariage bien sûr, inter­prétées par deux actri­ces mignonnes mais assez inter­change­ables : Kate Hud­son (spé­cial­iste des comédies bêtass­es type Com­ment larguer un mec en 10 leçons) et Anne Hath­away (Le Dia­ble s’ha­bille en Pra­da). Nul à pleur­er.

Si vous ne le saviez pas encore depuis tant d’an­nées que la comédie roman­tique améri­caine pour lec­tri­ces de Jeune et Jolie vous le répète, la femme ne vit que par et pour le mariage. Elle traîne donc une petite vie minable avec des amants de pas­sage en enter­rant sa dépres­sion dans une vie pro­fes­sion­nelle de stakhanoviste jusqu’à ce que le prince char­mant croise son chemin et repeigne le tableau noir en rose bon­bon. Depuis Adam et Eve, il faut croire que rien n’a changé : sans l’homme, la femme n’ex­iste pas. Dans Meilleures enne­mies, c’est l’or­gan­isatrice de mariage Mar­i­on St Claire qui le traduit dans un lan­gage cru aux deux jeunes héroïnes: « Vous êtes mortes. Une fois mar­iées, vous allez vivre. » On peut y voir de l’hu­mour. Sauf que ce n’est pas de l’hu­mour.

Liv et Emma sont deux meilleures amies d’en­fance. Leur (unique) rêve com­mun : se mari­er au Plaza en juin. Depuis qu’elles ont dix ans, elles imag­i­nent ce jour extra­or­di­naire et comptent bien le vivre ensem­ble, l’une étant demoi­selle d’hon­neur de l’autre et inverse­ment. Le hasard fait bien les choses puisqu’elles sont demandées en mariage par leur fiancé respec­tif à quelques jours d’in­ter­valle. Toutes con­tentes, les voici sur­jouant leur bon­heur i‑n-t-e-n-s‑e (pourquoi les actri­ces de comédie roman­tique ont toutes l’air au bord de la crise de nerfs ?) aux portes du Plaza. Hélas! Par un mal­heureux con­cours de cir­con­stance, leur céré­monie se trou­ve plan­i­fiée le même jour. De meilleures amies, les voici dev­enues enne­mies : laque­lle des deux aura le mariage le plus réus­si et parvien­dra à ruin­er celui de l’autre ?

Et hop ! enclenche­ment des pires insan­ités : on choisit la robe, on se coiffe, on se maquille, on fait du jog­ging pour brûler les calo­ries, on bronze, on envoie des faire-parts, on enterre des vies de jeune fille, on sort la bague un ou deux carats à tout bout de champ, etc. Tout ceci dédou­blé par la magie du scé­nario : deux mariages pour le prix d’un et deux actri­ces hys­tériques en prime, youpi ! On vous épargne les dif­férents rebondisse­ments, déjà prévis­i­bles alors que le générique d’ou­ver­ture n’a pas encore défilé, et les inten­tions déclarées des scé­nar­istes, réal­isa­teurs et pro­duc­teurs (tiens, Kate Hud­son, encore) pour prou­ver que Meilleures enne­mies est le-film-qui-leur-tenait-le-plus-à-cœur-de-toute-leur-exis­tence et qu’après l’avoir réal­isé, ils peu­vent tous mourir tran­quilles (si seule­ment…).

Il manque du sadisme à ce duel de deux actri­ces au top de leur glam­our et de leur régime Weight Watch­ers. Il manque de la méchanceté type Ton­nerre sous les tropiques ou Dodge­ball, des affron­te­ments mor­tels dans la boue, du vio­lent crê­page de chignon dans cette “guerre” entre la blonde (for­cé­ment hyper­ac­tive, riche et arro­gante) et la brune (for­cé­ment pau­vre et trop gen­tille). Il manque de l’ab­surde, de véri­ta­bles per­son­nages sec­ondaires, un scé­nario, une mise en scène, enfin… Il n’y a rien dans Meilleures enne­mies, sauf de la niais­erie, de la bêtise et une morale réac­tion­naire à faire bondir de joie la répub­li­caine Reese With­er­spoon. En tant que femme, il faut s’indign­er que de tels films con­tin­u­ent de faire la joie du box-office. Et pour­tant, nul besoin d’être une chi­enne de garde pour avoir envie que l’héroïne d’une comédie roman­tique soit autre chose qu’une poupée manu­curée dont la vie ne com­mence qu’au moment où elle dit oui. Non, alors!