Avant même le début offi­ciel des fes­tiv­ités qui aura lieu demain, voilà déjà un pre­mier film qui se présente sous le regard impa­tient du pub­lic. Nowhere Man est un film de la réal­isatrice belge Patrice Toye, présen­té dans la sec­tion «Gior­nate degli Autori». Comme le nom l’indique, nous sommes dans le domaine des auteurs, ce qui veut dire tout et rien à la fois. Un peu comme ce film. Il y est ques­tion de Tomas, un homme à la vie de famille tran­quille mais assez atone pour le pouss­er dans ses doutes et lui don­ner envie d’autre chose. Il décide alors de chang­er de vie en se faisant pass­er pour mort, avant de s’apercevoir que cette nou­velle con­di­tion n’est pas à la hau­teur de ses espérances. On ne sait pas trop com­ment définir le film, si ce n’est qu’on a tout de même l’impression du déjà vu. Le réc­it nous fait penser au Feu Mat­tia Pas­cal de Piran­del­lo. L’ennui de l’ambiance petit-bour­geoise nous ren­voie à du Sautet, sans être vrai­ment du Sautet car le décor pavil­lon­naire nous emmène plutôt dans n’importe quelle ban­lieue améri­caine vue aus­si bien dans Edward aux mains d’argent que dans Bro­ken Flow­ers. L’esthétique, elle, est assez « réal­is­tique­ment épurée » pour nous don­ner envie d’un film indépen­dant qui se détache un peu du sem­piter­nel mini-drame exis­ten­tiel sans dia­logue ni fan­taisie – le prix gag­né cette année à Sun­dance n’y chang­era rien.

Peut-être Toye était-elle con­sciente de la rel­a­tive plat­i­tude de son film quand elle déci­da d’insérer quelques séquences de Tomas en proie aux rêves et autres hal­lu­ci­na­tions. Ici le sable envahit sa cham­bre, là une femme à moitié nue joue du piano devant lui… Tout ça reste un peu vague et ne suf­fit pas à don­ner un ton à Nowhere Man. Ce qui est plus embê­tant : ces séquences ne font que con­fon­dre le spec­ta­teur qui ne s’y retrou­ve plus à cause du manque total de dif­féren­ci­a­tion du point de vue de la mise en scène. À l’ar­rivée, ça flotte beau­coup sans pour autant don­ner un sen­ti­ment d’aboutissement à la diégèse. Le film se ter­mine sans que l’on ne sache quoi que ce soit de plus par rap­port à la pre­mière minute. Pour­tant, nous ne pou­vons pas reprocher à la réal­isatrice de ne pas faire preuve d’engagement styl­is­tique vis-à-vis de son film, telle­ment elle cherche à tenir la corde raide pen­dant toute sa longueur. Ceci dit, cet exer­ci­ce demande une habil­ité extrême sans laque­lle le film tombe dans l’insipidité. En refu­sant la nuance, Patrice Toye a été un peu trop ambitieuse envers elle et son film un peu trop exigeant envers ses spec­ta­teurs.