Eva Ney­mann, diplômée de la Berlin Film and Tele­vi­sion Acad­e­my est scé­nar­iste et réal­isatrice. Élève de Kira Mura­to­va, elle a réal­isé en 2006 un pre­mier long métrage remar­qué, pro­duit par le stu­dio Odessa : Au bord de l’eau, sélec­tion­né aux fes­ti­vals de Rot­ter­dam et de Lon­dres. Adap­té de deux de ses nou­velles, le film, inclass­able et ingénieux, est une har­monieuse démon­stra­tion de ciné­ma.

Rigoureuse­ment écrites, les séquences d’Au bord de l’eau fonc­tion­nent en autonomie, et tis­sent ensem­ble la thé­ma­tique du film : la vieil­lesse. La toile nar­ra­tive fait vac­iller les rap­ports parent/enfant, sur le mod­èle de cette mère et cette fille, aus­si vieilles l’une que l’autre.

Les actri­ces sont excel­lentes, de la même trempe que Brigitte Mira, comé­di­enne des films de Fass­binder. La force humoris­tique d’Au bord de l’eau doit d‘ailleurs beau­coup aux acteurs. Les per­son­nages qu’ils incar­nent sont volon­taire­ment exces­sifs, proches de la car­i­ca­ture. La mise en scène assume pleine­ment ce par­ti pris en les fil­mant sou­vent en cadres fix­es et de façon frontale: la place de la caméra est celle d’un miroir. De cette façon, les per­son­nages sont révélés en tant qu’identités ciné­matographiques; le spec­ta­teur intè­gre la dimen­sion fic­tion­nelle et con­cède à chaque per­son­nage un trait de per­son­nal­ité sur-dévelop­pé qui le définit. C’est ain­si que le cap­i­taine du navire est essen­tielle­ment traité comme un dragueur médiocre. Ce principe de car­ac­téri­sa­tion est sim­i­laire à celui de Trains étroite­ment sur­veil­lés du Tchèque Jírí Men­zel.

Les plans sont larges et le décor est act­if dans la mise en scène, avec le même méth­ode que dans les films de Milos For­man (Au feu les pom­piers !). Dans un plan, le champ dans toute sa pro­fondeur est ani­mé, et est poten­tielle­ment source d’humour. La frag­men­ta­tion de l’espace visuel et sonore (son post-syn­chro­nisé), fait entr­er en cor­re­spon­dance des élé­ments sin­guliers et tra­vaille sur le décalage entre ce qui est dit et ce qui est mon­tré.

Par­o­dique, le film s’attaque aux névros­es de l’humain avec comme arme la dégra­da­tion ou le grossisse­ment. Mais la réal­isatrice aime ses per­son­nages et sait nous les ren­dre attachants : une can­deur poé­tique embaume l’étoffe d’Au bord de l’eau.