En 1975, le dessi­na­teur et car­i­ca­tur­iste belge Picha (Hara-Kiri, New York Times, …) fait scan­dale avec son Tar­zoon, la honte de la jun­gle, envers obscène d’un héros lit­téraire et immor­tal­isé à l’écran par John­ny Weiss­muller. D’ailleurs, dans la ver­sion améri­caine du dessin ani­mé, c’est le pro­pre fils du Tarzan mythique hol­ly­woo­d­i­en qui pousse son cri. Quelques scènes coupées pour éviter l’inévitable cen­sure et ce Tar­zoon donne l’en­vol à une tripotée de films d’an­i­ma­tion réservés aux adultes. Ensuite, Picha sign­era deux autres longs métrages : Chaînon man­quant (1980) et Big Bang (1987). Vingt ans plus tard, le car­i­ca­tur­iste est de fait tou­jours en verve et donne sa ver­sion libidineuse du pre­mier dessin ani­mé de l’his­toire du ciné­ma, Blanche Neige. Fan­tasmes et irrévérence ponctuent alors chaque séquence, pour le plaisir de ceux qui aimeraient savoir finale­ment si le Prince et Blanche Neige l’ont fait ou pas. Une suite de satires sou­vent vul­gaires, jamais inédites, mais servies par deux comé­di­ens tru­cu­lents : Cécile de France et Jean-Paul Rou­ve.

« Ils se mar­ièrent et eurent beau­coup d’en­fants. » La phrase qui achève irrémé­di­a­ble­ment tous les con­tes de fées laisse dans l’om­bre l’iné­narrable nuit de noces et a du sans nul doute provo­quer chez cer­tains une imag­i­na­tion impudique débor­dante. Que font-ils, après ? Et Picha de répon­dre : après le bais­er, le prince emporte sa dul­cinée vers la mai­son des nains et… Bien sûr, Blanche Neige est encore plus pure que son prénom et ne pense qu’aux bais­ers tan­dis que Char­mant ne pense qu’à ça. Sur ce, une bonne Fée laide et vieille aimerait beau­coup dépucel­er le prince et, pour arriv­er à ses fins, l’oblige à délivr­er du som­meil la Belle au Bois Dor­mant nymphomane et à boule­vers­er le sor­tilège d’une Cen­drillon bim­bo et arriv­iste. Il y a aus­si les Trois Petits Cochons, la Belle et la Bête, Petit Poucet, Chat Bot­té, dans un grand bal qui se finit gen­ti­ment en orgie et puis les princess­es qui dévoilent à l’u­nique prince char­mant leurs atours dess­inés.

L’his­toire se joue féro­ce­ment du con­te et donne à la Belle au Bois dor­mant, rivale de Blanche Neige, le rôle de la méchante reine tan­dis qu’un chas­seur court tou­jours pour récupér­er le cœur de la toute pure. Un ogre tombe fou amoureux de la jolie Blanche Neige et ne pense qu’à dévor­er ses formes, l’emporte même dans sa main comme jadis King Kong Jes­si­ca Lange. Les sept nains — Gicleur, Roteur, Glan­deur, Bran­leur, Troudu, Fouduc, Schlingueur — sont alors d’ob­scènes petites per­son­nes qui chantent en rythme « Ouille Ouille, qu’est-ce qu’on dérouille ! » Les dia­logues n’ont dès lors aucune pré­ten­tion : « Faire des guich­es pour gag­n­er sa croûte, c’est pas de la tarte » et jon­g­lent avec quelques amu­santes expres­sions suran­nées et d’indécrot­ta­bles jeux de mots vul­gaires.

Une suite inin­ter­rompue de grav­eleuses références qui n’a pas la pré­ten­tion de renou­vel­er ni le con­te, ni la forme ani­mée du dessin ani­mé. Aucune sur­prise, qu’elle fut bonne ou mau­vaise, pour une Blanche Neige à car­ac­tère plutôt attardé. L’ac­croche aurait pu certes être amu­sante mais lasse bien trop vite. Les ébats non con­som­més de tous ces héros d’en­fance per­dent de leur imag­i­na­tion. Peut-être aurait-il fal­lu quelques Mon­ty Python dans ce scé­nario ? Si la finesse échappe à l’emprise du car­i­ca­tur­iste, recon­nais­sons-lui un coup de cray­on déli­cieux con­cer­nant les sil­hou­ettes des per­son­nages et la présence off de deux comé­di­ens infati­ga­bles : Cécile de France et Jean-Paul Rou­ve. Un Jean-Paul Rou­ve qui fait dou­ble jeu comique avec une Île aux tré­sors qui sort ce même jour et une Cécile de France qui décidé­ment est la plus imper­ti­nente actrice européenne.