Après L’Af­faire corse (2004), et sou­venons-nous du Boulet (2002), de Paparazzi (1998) et de La Cité de la peur (1994), Alain Berber­ian change une fois encore de reg­istre et s’at­taque en bon fli­busti­er à un genre hol­ly­woo­d­i­en, le film de pirates et d’aven­tures. Mais le filmique s’est égaré sur les eaux trou­bles de la créa­tion ce qui est bien dom­mage au vu d’un excel­lent Jean-Paul Rou­ve, et de quelques petites trou­vailles scé­nar­is­tiques.

Un pavil­lon à tête de mort brûle, se déchire et appa­rais­sent sur le pont d’un bateau des corps déchi­quetés, des blessés et un doc­teur atyp­ique qui décide de couper la jambe de Long John Sil­ver à défaut de lui panser le bras. A par­tir de cette déli­cieuse mise en bouche, le réal­isa­teur re-vis­ite son île aux tré­sors en inté­grant une baronne folle­ment belle et mante religieuse (Alice Taglioni) aux pris­es avec un John Sil­ver clow­nesque (Gérard Jug­not) et un James Hawkins tout à fait char­mant (Vin­cent Rot­tiers).

Libre­ment adap­tée du roman de R.L. Steven­son (1883) cette nou­velle ver­sion de L’Île aux tré­sors est bel et bien un film pour enfants des­tiné aux adultes : entre vio­lence gra­tu­ite, humour char­mant et décol­leté plongeant, cette mou­ture 2007 vogue sur les traces de pres­tigieux aînés (Vic­tor Flem­ing, 1934) sans arriv­er cepen­dant à renou­vel­er le genre et le roman. Les clichés se suiv­ent avec abon­dance : du générique avec pièces de mon­naie, inscrip­tion gravée des noms sur du bois, … à l’im­puis­sance de Sil­ver qui ne peut hon­or­er la Belle ou à un Ben anthro­pophage. Cette Île aux tré­sors, si elle ne lasse pas, n’ar­rive cepen­dant pas à emporter au gré de l’aven­ture les ardents désirs de con­quête du spec­ta­teur. L’hu­mour n’est certes pas absent : quelques dia­logues, la présence tru­cu­lente de Jean-Paul Rou­ve et celle déto­nante d’Al­ice Taglioni don­nent du punch à la nar­ra­tion. Mais le souci de réal­isme et l’u­til­i­sa­tion d’un sépia pour faire film de genre hol­ly­woo­d­i­en affichent l’a­cadémisme d’une adap­ta­tion qui aurait mérité une atten­tion filmique orig­i­nale et ludique. Ici, tout est hon­or­able et à défaut de re-souf­fler du ciné­ma dans cette Île aux tré­sors, le film s’épuise lui-même de ne pas être pris en compte.