Caro (Asia Argen­to) débar­que au Venezuela pour ven­dre la grande mai­son de son père, située au milieu d’une plan­ta­tion de cacao dans la jun­gle. Elle avait quit­té le pays enfant et arrive donc en étrangère pour décou­vrir que le per­son­nel de la mai­son s’est appro­prié les lieux décrépis, ves­tiges de l’époque colo­niale. Le générique de début, qui s’enfonce à la suite d’une voiture le long d’une route sin­ueuse et en pente, annonce la couleur : pour Caro, ce retour « chez elle » sera une descente aux enfers. Si le vieux gar­di­en de la mai­son l’ac­cueille et l’ap­pelle volon­tiers « patronne », Sonia (Dogrei­ka Tovar), la ser­vante de l’âge de Caro, refuse de quit­ter les lieux avec son fils. Le film explore dès lors ces dif­férents rap­ports con­flictuels en recon­fig­u­rant les dynamiques de dom­i­na­tion.

Jorge Thie­len Hed­derich imag­ine sans doute injecter de l’ambivalence à tra­vers son per­son­nage mal aimable, qui revêt bien­tôt les parures du colo­nial­isme (« il ne vous manque plus que le fou­et », lui dit une poli­cière à qui elle est venue se plain­dre de la présence des « squat­teurs »), mais l’horizon du genre l’empêche d’accéder à cette com­plex­ité. De mul­ti­ples sig­naux, dont des rêves pré­moni­toires, indiquent en effet que cette his­toire est vouée à se ter­min­er dans le sang. Le cinéaste ne cesse de retarder l’explosion en insis­tant plutôt sur l’atmosphère pois­seuse et la lente dérélic­tion de la femme s’enfermant dans des intérieurs som­bres. Passe encore ce réc­it par­faite­ment arti­fi­ciel, mais la mise en scène de Thie­len Hed­derich ne parvient pas à insuf­fler le trou­ble recher­ché. Elle bute même con­tre ses inten­tions, en ne ces­sant de filmer les per­son­nages non blancs comme des men­aces, inca­pable de pren­dre de la dis­tance face au ressen­ti de son anti-héroïne. Le point de vue n’est dès lors pas tor­du, mais puant, jusqu’à l’inversion au cœur de l’une des dernières scènes, qui mon­tre Sonia fou­et­ter Caro avec rage, comme une revanche sur l’His­toire. Le bain de sang expédi­tif qui suit, puis l’ultime sym­bole appuyé (un per­son­nage qui tente de laver ses péchés dans le bassin aux eaux som­bres de la vil­la) achèvent de faire de Death Has No Mas­ter l’un des films les moins inspirés et les plus bêtes de ce fes­ti­val.