Pre­mier long-métrage de la cinéaste alle­mande Katha­ri­na Riv­ilis, I’ll Be Gone In June entrelace la ques­tion de la con­struc­tion ado­les­cente avec celle de la décou­verte d’un nou­veau pays. S’in­spi­rant d’une matière auto­bi­ographique, la réal­isatrice suit une étu­di­ante alle­mande arrivée aux États-Unis en 2001 (elle assiste devant sa télévi­sion à l’attentat du World Trade Cen­ter) afin de pour­suiv­re sa sco­lar­ité au Nou­veau-Mex­ique. Les con­trées déser­tiques devi­en­nent une ter­ra nul­lius pour la jeune Fran­ny, ado­les­cente un peu paumée. Au-delà du réc­it, la ren­con­tre entre l’Europe et l’Amérique se traduit ici par une esthé­tique hybride, qui amal­game une froideur dis­tan­ciée à une ten­ta­tion de teen movie pop rap­pelant les films indé cal­i­brés pour Sun­dance. Si la ren­con­tre est curieuse, elle accouche d’un film assez informe : d’un côté, l’effervescence ado­les­cente est appréhendée à tra­vers une suite de sit­u­a­tions types (pre­miers émois amoureux, soirées entre amis, etc.) traitées d’une façon si dévi­tal­isée qu’on peine à ressen­tir de l’empathie pour les per­son­nages ; de l’autre, des échap­pées plus lyriques vien­nent ponctuer le réc­it, trahissant le désir de la cinéaste d’y insuf­fler une mélan­col­ie con­tem­pla­tive qui ne prend jamais corps. Au-delà de leur laideur, cer­tains effets (des inter­mèdes musi­caux sur des plans de drone sur­volant le désert du Nou­veau-Mex­ique, ou la représen­ta­tion d’un essai nucléaire par une lumière rougeoy­ante) appa­rais­sent comme des affé­ter­ies par­fois trop lit­térales, telle cette danse dans les dunes fig­u­rant une par­en­thèse exaltée. Mais d’autres se révè­lent de temps à autre plus inspirés, notam­ment lors des scènes se détour­nant d’une imagerie onirique pour don­ner corps à des sen­ti­ments pré­cis – par exem­ple, une scène de flirt ado­les­cent filmé en très gros plan par une caméra vagabon­dant sur les vis­ages, afin de retran­scrire le rap­proche­ment des deux per­son­nages. Il n’empêche que les deux heures d’I’ll Be Gone in June finis­sent par ressem­bler à un agré­gat très iné­gal qui, à l’image de son héroïne, cherche encore son iden­tité.