Finale­ment, n’est-ce pas plutôt le par­cours de Jean-François Davy qui aigu­ise la curiosité du cinéphile? Réal­isa­teur de films pornographiques et fan­tas­tiques, pro­duc­teur (La Meilleure Façon de marcher de Claude Miller, L’Ac­ro­bate de Jean-Daniel Pol­let), Jean-François Davy est bel et bien un ovni dans notre ciné­matogra­phie nationale. Après vingt-trois ans sans tourn­er la maniv­elle d’une caméra, il revient pour réalis­er un rêve: un film avec et pour les enfants.

1960. Un groupe de scouts part en ran­don­née pour aller escalad­er le mas­sif du Brévent. De boud­eries en querelles, d’an­i­mosités en rup­tures, les huit jeunes garçons vont appren­dre qu’au-delà de leurs dif­férences (de reli­gion, de cul­ture, de milieu pro­fes­sion­nel), ils ont finale­ment un point com­mun: l’ami­tié.

Sur cette trame nar­ra­tive sim­pliste se dresse, une fois encore, un ciné­ma de qual­ité désuet. Les rebondisse­ments scé­nar­is­tiques sont for­cé­ment sans sur­prise et les per­son­nages, telle­ment car­i­caturés qu’ils en per­dent de leur éclat. Et cer­tains de ces jeunes comé­di­ens – pour la plu­part bien aguer­ris dans ce méti­er – n’ont pas évité l’écueil du « rôle-man­i­feste » (Gilles Deleuze): le physique déter­mine le per­son­nage, et cette déf­i­ni­tion tend à la car­i­ca­ture (le gros, le « à lunettes », le beau gosse, l’in­tel­lo, le faible, le vio­lent…). Ce micro­cosme resservi régulière­ment dans les films pour ados et/ou pour enfants finit par lass­er. Aucune inno­va­tion, aucun risque – et ce, même si cette his­toire est tirée d’un fait-divers vécu par Jean-François Davy à l’âge de quinze ans. Égale­ment, la voix off fémi­nine qui sur­v­ole le film, tel un écho per­du dans ces hautes mon­tagnes, ne laisse pas un seul instant de répit, c’est-à-dire de silence, à ce lieu.

Ce film d’ini­ti­a­tion, où la mon­tagne est l’in­car­na­tion géo­graphique de l’épreuve, n’a pas la can­deur, la gouaille, l’én­ergie des 400 Coups, des Dis­parus de Saint-Agil, de La Guerre des bou­tons, de Poil de Carotte, de L’Ar­gent de poche, ou des Roseaux sauvages. La guerre d’Al­gérie est d’ailleurs le point de suture de la trame nar­ra­tive – 1960 – mais à l’en­con­tre du film de Téch­iné, Les Aigu­illes rouges ne touche que peu à la réflex­ion poli­tique. La mise en scène est surtout une mise en image jusqu’à la présen­ta­tion « vite-fait » des invités vedettes, Bernadette Lafont, Patrick Bou­ch­itey, Richard Berry. Que de frus­tra­tions en somme!