La décep­tion sus­citée par Drop Game con­firme ce que l’on pressen­tait déjà depuis un cer­tain temps : à 56 ans, Jason Blum n’occupe plus le cen­tre du ciné­ma d’horreur améri­cain indus­triel. On peut même dire que depuis quelques années, la stratégie low cost qui a fait le suc­cès des pro­duits Blum­house (bud­gets rachi­tiques, cinéastes moins en vue, à l’exception notable de Shya­malan, Jor­dan Peele, David Gor­don Green et Ti West) a per­du con­sid­érable­ment en impact. Non qu’elle soit mau­vaise en soi (l’économie de moyens fait par­tie depuis tou­jours de l’ADN du ciné­ma d’horreur), mais parce que les pro­jets sem­blaient moins nova­teurs et stim­u­lants. Aucun film de Blum n’a su jouer le rôle de petit phénomène depuis Get out, et aucun n’a su s’inscrire dans la cul­ture pop­u­laire aus­si forte­ment que le pre­mier Amer­i­can Night­mare, qui a engen­dré des suites à visée lucra­tive où le pro­pos ini­tial s’est dilué, épisode après épisode, dans un tout-venant informe.

Drop Game appa­raît donc comme un nou­veau symp­tôme de cette man­u­fac­ture en crise, voire en panne, dépassée aujourd’hui par des propo­si­tions plus tran­chantes de majors, incar­nées par exem­ple par Malig­nant (Warn­er) ou Smile 2 (Para­mount), pour citer deux films ardem­ment défendus dans ces colonnes. Respec­tée au pied de la let­tre, la for­mule Blum­house donne ici assez vite des signes d’usure. Drop Game par­tait pour­tant sur de bonnes bases, que l’on pour­rait résumer par son pitch plutôt orig­i­nal : traî­nant un lourd pas­sif de vio­lences con­ju­gales, Vio­let (Meghann Fahy) accepte un date avec un incon­nu le temps d’un dîn­er dans un restau­rant de luxe. Évidem­ment, rien ne se passe comme prévu et la soirée roman­tique rêvée se voit pour­rie par une série de mèmes intem­pes­tifs (et de plus en plus stres­sants) que reçoit l’héroïne sur son smart­phone. Vio­let com­prend assez vite que ces con­tenus provi­en­nent d’un incon­nu situé à prox­im­ité d’elle, dans le même restau­rant. Com­mence alors un jeu de dupe avec son agresseur, qui ravive un goût pour l’horreur ludique sou­vent mis à l’honneur chez Blum­house et pas vrai­ment sur­prenant de la part du réal­isa­teur Christo­pher Lan­don, qui s’est déjà illus­tré dans la par­o­die hor­ri­fique avec Hap­py Birthdead.

Le jeu, pour­tant, tourne assez rapi­de­ment à vide. Une fois passé le cap de ses pre­mières crises d’angoisse, Vio­let prend les choses en main et se retourne con­tre son agresseur, revivant dans l’élimination de celui-ci ses trau­mas de sur­vivante de vio­lences con­ju­gales. On retrou­ve ici la fibre fémin­iste d’In­vis­i­ble Man (autre film Blum­house), que les épigones du stu­dio ont entretemps large­ment reprise et gal­vaudée, jusque dans Blink Twice l’année dernière. Le seul point de vue un peu sin­guli­er offert par le film est celui de la misan­drie, à laque­lle Christo­pher Lan­don parvient à don­ner un début de forme lorsque Vio­let scrute avec haine tous les clients du restau­rant, soupçon­nant en cha­cun d’eux un harceleur poten­tiel. C’est ceci dit trop peu pour con­va­in­cre et il fau­dra encore atten­dre un peu avant de décou­vrir un véri­ta­ble grand film d’horreur misan­dre : Drop Game est trop incon­séquent pour s’atteler à cette lourde tâche.