Serveuse lors d’un gala de char­ité, Fri­da (Nao­mi Ack­ie) fan­tasme sur le mil­liar­daire qui l’organise, Slater King (Chan­ning Tatum), génie de la Tech publique­ment en retrait et pro­prié­taire, par ailleurs, d’une île par­a­disi­aque. S’incrustant dans la soirée, Fri­da voit son rêve de se réalis­er : la voilà propul­sée sur l’île, en com­pag­nie du mil­liar­daire et de qua­tre autres femmes, dont sa meilleure amie. C’est peu dire que le décor offre toutes sortes de réjouis­sances : cham­bres spa­cieuses et con­fort­a­bles, piscine, cham­pagne et joints à volon­té, MDMA après le dîn­er. Ce cadre idyllique va toute­fois se fis­sur­er pour révéler la vraie nature du film, à savoir un thriller fémin­iste plus ou moins han­té par l’affaire Wein­stein, qu’il évoque sur le mode allé­gorique.

L’île vaut comme allé­gorie. D’abord émer­veil­lées, les invitées de Slater King (à com­mencer par Fri­da) vont décou­vrir pro­gres­sive­ment qu’elles sont moins des priv­ilégiées que des vic­times. Droguées et vio­lées tous les soirs, elles vont accéder à la con­science de leur asservisse­ment et s’en affranchir dans un grand bain de sang cathar­tique. Sur sa fin, Blink Twice ressem­ble à un rape and revenge joyeux où le mâle hol­ly­woo­d­i­en (ou plutôt de ce qu’il en reste) représente la fig­ure à abat­tre. Le cast­ing, com­posé d’acteurs de sec­ond plan et de vieilles gloires des années 1990–2000, prédis­po­sait le film à un tel mas­sacre : Chan­ning Tatum y affiche ses restes de chip­pen­dale (époque Mag­ic Mike), Joel Har­vey Osmont son sur­poids et Chris­t­ian Slater, com­plète­ment décati, sem­ble revenir des limbes d’Hollywood. Si ce regard sur les acteurs ne manque pas d’intérêt et con­fère au film un point de vue, sa morale finale reste plutôt lim­itée et prob­lé­ma­tique. Peut-on croire en effet qu’il suf­fit d’inverser les rôles pour résoudre les vio­lences sex­uelles et faire des femmes des reines ? La réus­site sociale de Fri­da, actée dans un épi­logue qui boucle la boucle (on la retrou­ve au gala de char­ité, mais à une autre place : devinez laque­lle ?) vaut-elle comme revanche ou vengeance ?

Si Blink Twice réus­sit par moments à ressem­bler à ses mod­èles avoués (Get Out et Mid­som­mar, entre autres), notam­ment lorsque Fri­da est con­fron­tée à l’altérité sous la forme d’une vieille femme mex­i­caine ne répé­tant en tout et pour tout que deux mots (« red rab­bit »), le film souf­fre à d’autres endroits d’être une fable un peu trop con­fort­able et lis­i­ble, qui éclaire toutes les zones d’ombres au lieu d’en ménag­er. C’est qu’en épou­sant un grand réc­it d’émancipation où l’héroïne doit venger les humil­i­a­tions qu’elle a subies, Zoë Kravitz sac­ri­fie ce qu’il y a de plus trou­ble dans son per­son­nage prin­ci­pal : la part de dom­i­na­tion sociale qui a nour­ri son rêve vénal et l’a propul­sée un instant dans un con­te de fées à la Pret­ty woman, avant qu’elle ne se retrou­ve finale­ment pro­mue énième fig­ure de l’empow­er­ment.