Grosse décep­tion : après un Ter­ri­fi­er 2 assez réjouis­sant, où Damien Leone fai­sait mon­tre d’une inspi­ra­tion excé­dant ce qu’il avait jusqu’ici mon­tré – un goût de l’artisanal, une approche de l’hor­reur à la fois vin­tage et jusqu’au-boutiste dans son goût de l’hémoglobine –, le troisième volet des aven­tures d’Art le clown s’apparente à une régres­sion esthé­tique. L’affaire com­mence pour­tant bien, avec une scène très clas­sique de slash­er rehaussée par un sens du hors champ (un mas­sacre enten­du depuis le bas d’un escalier par une petite fille aux yeux tétanisés) et cette jovi­al­ité macabre dont témoigne l’horrible Art, clown sadique increvable, entre le Michael Myers d’Hal­loween et l’entité démo­ni­aque à la Clive Bark­er. Si la séquence s’impose comme l’une des meilleures de la fran­chise, la suite ne sera mal­heureuse­ment qu’une longue descente tirail­lée entre l’installation laborieuse d’un réc­it mal fichu et le sur­gisse­ment autonome de vignettes hor­ri­fiques. Il y a sûre­ment de Leone dans les expéri­men­ta­tions lab­o­ran­tines d’Art, qui conçoit dans son ate­lier des nou­velles armes pour par­faire ses sévices, mais le film en tire moins ici de réelles trou­vailles de mise en scène qu’un bric-à-brac d’effets pra­tiques – on recon­naît d’ailleurs au détour d’une scène Tom Savi­ni, la légende des maquil­lages hor­ri­fiques[1] et col­lab­o­ra­teur fétiche de Romero.

Leone retombe quelque part dans l’écueil du pre­mier film, qui com­pen­sait sa mol­lesse d’ensemble par une surenchère dans la sauvagerie d’une poignée de mas­sacres, s’en don­nant à cœur joie pour tri­t­ur­er la chair. Mais même sur ce plan, Ter­ri­fi­er 3 paraît moins fécond que Ter­ri­fi­er 2, qui pre­nait le temps d’installer patiem­ment une série de scènes hor­ri­fiques aux accents bur­lesques : une fois l’ouverture passée, le déco­rum de Noël, sup­posé apporter sa couleur à ce troisième volet, restera finale­ment une matière peu exploitée. Le tout forme un film qui paraît nav­iguer à vue dans l’attente d’un Ter­ri­fi­er 4, en égrainant des petits seg­ments où brille davan­tage la joie d’un tech­ni­cien (le soin cer­tain apporté aux pro­thès­es) que l’inventivité d’un cinéaste. C’est un peu chiche.

Notes

Notes
↑1 Pré­cisons que Damien Leone est aus­si, au-delà de sa quadru­ple cas­quette de réal­isa­teur-pro­duc­teur-scé­nar­iste-mon­teur, l’auteur des maquil­lages et effets spé­ci­aux, à la fois pour ses pro­pres films et pour d’autres pro­duc­tions.