À son image pro­pose comme une forme de con­tre­point féminin à Une vie vio­lente. Aux per­son­nages d’indépendantistes cors­es, De Peretti sub­stitue celui d’Antonia, une jeune pho­tographe en quête de « l’image juste ». Amoureuse d’un mem­bre du FLNC, elle devient le témoin mal­gré elle du com­bat poli­tique de son pro­tégé, puis de ses dérives nation­al­istes, avant d’avoir le courage de s’en détach­er. Le réc­it épouse cepen­dant moins son point de vue que celui d’un nar­ra­teur dont on décou­vri­ra l’identité seule­ment au mitan du film. Vic­time d’un acci­dent de voiture mor­tel dès les pre­mières min­utes, l’existence d’Antonia ne relève en fait plus que du sou­venir et de moments épars traçant l’horizon funeste de son des­tin. Comme Une vie vio­lente, À son image est com­posé d’une suc­ces­sion de flash­backs qui jet­tent un voile mélan­col­ique et émou­vant sur une vie rat­trapée trop tôt par la mort.

D’où vient néan­moins l’im­pres­sion que ce film-ci peine à con­va­in­cre com­plète­ment ? D’abord, il y a cette voix off omniprésente venant con­trari­er la réten­tion d’informations qui était jusqu’à présent à l’œu­vre dans le ciné­ma de De Peretti : elle en dit trop. Plutôt que de con­fér­er au film une dimen­sion romanesque, ce procédé l’entraîne dans une embar­ras­sante lit­téral­ité en assu­jet­tis­sant les images aux mots, au point de con­fin­er à un didac­tisme que la dernière scène vien­dra entériner dans une salle de classe (led­it nar­ra­teur y enseigne l’Histoire). Didac­tisme, voilà un gros mot dont le film voudrait se défendre, mais auquel il n’échappe mal­heureuse­ment pas : en témoigne encore une longue scène où Anto­nia pho­togra­phie sous toutes les cou­tures son fiancé tan­dis que reten­tit l’emblématique « Salut à toi » des Béruri­er Noir. On observe durant l’in­té­gral­ité du morceau ses divers­es ten­ta­tives pour approcher son sujet et trou­ver l’angle adéquat per­me­t­tant de saisir la vérité de l’être (celle de l’amant autant que celle du rebelle), cette vérité qui sans cesse se dérobe à la vue comme à la rai­son : on a con­nu le cinéaste plus sub­til. D’au­tant que le film brille peu par son inven­tiv­ité formelle. Si l’on pou­vait s’attendre à ce que le recours aux doc­u­ments d’archives, aux arrêts sur images ou aux pho­togra­phies enrichissent l’esthé­tique du cinéaste, ces ajouts accouchent plutôt d’une con­vo­ca­tion con­v­enue du passé, sur le mode d’un sem­piter­nel « ça a été » (pour para­phras­er Barthes). Un « vouloir-faire-dire-aux-images » que le dis­cours off rend une fois encore volon­tiers démon­stratif. Résul­tat : point d’image juste, juste des images.