Comme d’autres block­busters de ces dernières années cul­ti­vant un véri­ta­ble marché de la nos­tal­gie (du Star Wars VII de J.J Abrams au dernier Indi­ana Jones), cette Men­ace de glace court d’abord après son ombre – autant celle du tout pre­mier Ghost­busters que de la comédie fan­tas­tique des années 1980, qui con­nais­sait alors, de Grem­lins à Retour vers le futur, son âge d’or. Dans le rac­cord déli­cat que la nou­velle équipe de chas­seurs (com­posée, comme dans l’épisode précé­dent, de Paul Rudd, Car­rie Coon, McKen­na Grace et Finn Wolfhard) doit établir entre passé et présent, la pre­mière demi-heure s’empare avec humour de ques­tions de recy­clage assez con­tem­po­raines. Que faire par exem­ple de l’énergie des fan­tômes ? Doit-on les envoy­er dans le « com­pacteur » (la déchet­terie à spec­tres imag­inée dans l’épisode 1) alors que celui-ci arrive à sat­u­ra­tion ? On aurait presque pu imag­in­er tout un film sur le quo­ti­di­en de la petite entre­prise Ghost­busters ; c’eût été ren­dre un bel hom­mage à Ivan Reit­man et Harold Ramis, dont le plus beau film (Un jour sans fin), dans une économie presque totale d’effets spec­tac­u­laires, repo­sait sur une logique de répéti­tion.

Ce n’est pour­tant pas la carte que joue La Men­ace de glace. Loin d’avoir les moyens de ses ambi­tions en ter­mes d’effets spé­ci­aux et sans la créa­tiv­ité visuelle des années 1980 (le tra­vail de Richard Edlund sur le pre­mier épisode avait à lui seul valeur d’argument com­mer­cial), le film sem­ble ten­té par une voie plus sen­ti­men­tale. Mais ce n’est en réal­ité que par oppor­tunisme, en cap­i­tal­isant sur les teen sto­ries de Stranger Things et les codes LGBTQ+ des séries Net­flix. L’intérêt relatif de cet épisode imper­son­nel tient plutôt dans une obses­sion étrange pour un mal venu d’Orient. Tout le déchaîne­ment d’énergie spec­trale auquel on assiste dans la dernière par­tie du film est causé en effet par un dieu qui s’exprime en pré-san­skrit et dont la légende, racon­tée sous la forme d’une courte séquence d’animation, s’inscrit sur le sable d’un Ori­ent immé­mo­r­i­al. La « men­ace de glace » qu’il fait peser sur New York ren­voie évidem­ment au spec­tre du 11-sep­tem­bre – vieille peur dont le ciné­ma de diver­tisse­ment améri­cain a déjà tout dit, du trau­ma ini­tial (La Guerre des mon­des) à la ten­ta­tive de résilience (Sul­ly). C’est pour­tant dans une ville gelée que Bill Mur­ray et Dan Aykroyd – les seuls véri­ta­bles fan­tômes – affron­tent, avec las­si­tude, le démon venu d’ailleurs. Et tout l’imaginaire du film de se résumer peut-être à cela : la congélation/décongélation des peurs, des fan­tômes et des per­son­nages his­toriques de la fran­chise. Mer­ci Picard.