Truf­faut dis­ait d’Hitchcock qu’il fil­mait les scènes de meurtres comme des scènes d’amour et les scènes d’amour comme des scènes de meurtres. Si l’on rem­place le couteau par la raque­tte, l’analogie peut être trans­posée à Guadagni­no qui, de manière très explicite (le film s’achève sur un cri de jouis­sance), fait du ten­nis et du sexe les deux faces d’une même pièce. Le réc­it se con­cen­tre sur la rival­ité de deux ten­nis­men, Art (Mike Faist) et Patrick (Josh O’Connor), anciens amis qui for­maient, du temps de leur jeunesse, un duo red­outable surnom­mé « Fire and Ice ». Le ten­nis est juste­ment envis­agé ici comme un va-et-vient entre chaud et froid. Il n’est pas anodin qu’un cri­tique comme Serge Daney ait beau­coup écrit sur le ten­nis : sa cap­ta­tion télévi­suelle a ceci de par­ti­c­uli­er qu’elle adopte une forme d’ascèse réal­iste, entre le recours priv­ilégié au plan très large (qui per­met, chose rare pour un sport de com­péti­tion dif­fusé à la télévi­sion, de saisir l’intégralité de l’action d’un bout à l’autre du ter­rain) et le silence religieux qui per­met d’entendre l’impact des balles et les halète­ments des joueurs. Cette froideur, Guadagni­no ne la rejoue que pour la con­fron­ter à une esthé­tique plus ardente et baroque : caméra qui adopte le point de vue de la balle, ralen­tis à foi­son, musique toni­tru­ante, etc.

Ce qui l’intéresse, c’est pré­cisé­ment le moment où le ver­nis glacé du ten­nis fond pour laiss­er s’exprimer un désir – en l’occurrence essen­tielle­ment homoéro­tique – dont Tashi (Zen­daya), à la pointe d’un tri­an­gle amoureux entre les deux sportifs, est la spec­ta­trice priv­ilégiée. Mais dans la cham­bre à couch­er comme sur le court, le film ne laisse jamais ses acteurs inter­a­gir libre­ment : même les scènes en principe les plus dépouil­lées (cf. les con­ver­sa­tions con­ju­gales) finis­sent inévitable­ment noyées sous d’envahissantes nappes élec­tron­iques. Ce n’est certes pas le seul défaut du film (en témoigne la nature inutile­ment ember­li­fi­cotée du scé­nario, tout en flash­backs entremêlés), mais on pou­vait tout de même s’attendre à ce que le réal­isa­teur tire davan­tage de ce trio de stars en rut, entre la tristesse con­tenue de Faist, l’assurance prin­cière de Zen­daya et les moues charmeuses d’un O’Connor, qui se dis­tingue ici en play­boy un peu déglin­gué. Encore eût-il fal­lu que Guadagni­no les regardât vrai­ment.