Deux cou­ples, une piscine, la chaleur écras­ante d’un été canic­u­laire en Méditer­ranée : A Big­ger Splash, remake de La Piscine de Jacques Der­ay, a tous les atours d’un drame psy­chologique à haute teneur sen­suelle. Béné­fi­ciant d’un cast­ing de luxe et adossé à un scé­nario ayant par le passé prou­vé son effi­cac­ité, Luca Guadagni­no avait les cartes en main pour réalis­er un film vénéneux et obsé­dant, comme a pu l’être son aïeul il y a quar­ante-cinq ans. Mal­heureuse­ment, inca­pable de s’approprier pleine­ment son sujet, il livre un pâle fac-sim­ilé sans âme.

Mar­i­anne (Til­da Swin­ton), rock star exténuée et aphone, décide d’abandonner sa tournée pour se ressourcer avec Paul son petit ami (Matthias Schoe­naerts) sur une île de la Méditer­ranée. Mais leur escapade en amoureux est rapi­de­ment stop­pée par l’arrivée inopinée d’un ami et ex-amant de la chanteuse, Har­ry (Ralph Fiennes) accom­pa­g­né de sa fille Péné­lope (Dako­ta John­son). Le pas­sage du duo au quatuor ne se fait pas sans mal, atti­sant les ten­ta­tions et les jalousies.

Le jeu des sept erreurs

A Big­ger Splash ne dévie qua­si­ment jamais de la trame de son prédécesseur, suiv­ant pas à pas le chemin emprun­té par Der­ay en 1969. Hormis quelques mod­erni­sa­tions de-ci, de-là (la car­rière de Mar­i­anne dont les maquil­lages de scène entre­vus lors de flash­backs créent une fil­i­a­tion évi­dente et quelque peu mal­adroite avec David Bowie), Guadagni­no respecte à la let­tre le réc­it ini­tial. Cette tiédeur à s’emparer pleine­ment de cette sim­ple his­toire de con­voitise qui tourne mal explique en par­tie l’échec du cinéaste. Car vouloir trans­pos­er presque inté­grale­ment un film devenu culte, aurait néces­sité un par­ti-pris per­son­nel der­rière la caméra. Si le choix de Til­da Swin­ton, dotée d’un physique atyp­ique à mille lieues des canons de beauté jadis incar­nés par Romy Schnei­der, s’avère un choix auda­cieux, on ne peut que déplor­er la presta­tion de Matthias Schoe­naerts. Pour­tant par­fait dans le rôle de Paul, jeune étalon mus­clé et bronzé, l’acteur pâtit sans cesse de la com­para­i­son avec Delon, dont la beauté ani­male fasci­nait. Plus rugueux dans ses déplace­ments, Schoe­naerts dégage lui aus­si une sen­su­al­ité qua­si bes­tiale, mais elle appa­raît moins sournoise, moins dan­gereuse que celle du jeune Delon. Ce déséquili­bre per­ma­nent entre l’original et le remake n’est toute­fois pas le fait des comé­di­ens (la presta­tion sur­voltée de Ralph Fiennes, irré­sistible et agaçant en est une preuve), mais incombe aux choix de mise en scène. La déférence totale de Guadagni­no à l’œuvre de Der­ay, sa repro­duc­tion presque servile imposent au spec­ta­teur un regard par­al­lèle, cher­chant sans cesse les ressem­blances et les dif­férences entre les deux films.

Ombres et lumières

Les scènes diurnes autour de la piscine ou dans les ruelles du vil­lage aux murs immac­ulés aux séquences noc­turnes dans une gar­gote nim­bée d’une sub­lime lumière bleutée, la beauté de la pho­togra­phie cap­tive l’œil là où le scé­nario lasse. En mis­ant tout sur l’esthétique, par­fois même jusqu’à faire ressem­bler les déam­bu­la­tions de Mar­i­anne à un shoot­ing de mode, le réal­isa­teur oublie de révéler la noirceur des âmes de ses héros. Par­fait exem­ple de cette dérive char­nelle, le per­son­nage de Dako­ta John­son est seule­ment vue et observée comme un corps exci­tant exempt de tour­ments ou de turpi­tudes. L’actrice, au demeu­rant peu inspirée sem­ble-t-il par son rôle, ne com­pose jamais autre chose qu’une dragueuse vul­gaire, oubliant au pas­sage le sous-texte inces­tueux et la dimen­sion généra­tionnelle qui l’oppose à Swin­ton. En effet, les deux femmes sym­bol­isent deux types de physiques mais surtout deux âges, deux féminités répon­dant à des besoins et des codes aux antipodes (l’adolescente et la femme). La Piscine ne traitait d’ailleurs que par­tielle­ment cette ambiva­lence, Birkin et Schnei­der, bien que de tem­péra­ment dif­férent n’avaient que huit ans d’écart. Ain­si, A Big­ger Splash regorge de zones lais­sées vierges par le réal­isa­teur, trop occupé à repro­duire pour innover. Dom­mage quand on voit com­ment la seule idée neuve, faire de Swin­ton un per­son­nage muet (elle est en con­va­les­cence suite à une rup­ture de cordes vocales) apporte une ten­sion inat­ten­due et une ambiance anx­iogène pal­pa­ble.