Cen­tré sur le crash d’un avion dans la cordil­lère des Andes en octo­bre 1972, Le Cer­cle des neiges retrace l’histoire vraie de la survie de cer­tains de ses pas­sagers au prix de bien des souf­frances et sac­ri­fices. Ce faisant, Juan Anto­nio Bay­ona pro­longe la dynamique déjà au cœur de The Impos­si­ble : la con­fronta­tion entre une com­mu­nauté d’individus et les forces qua­si sur­réelles de la nature. La scène du crash fig­ure ain­si d’emblée une forme de volon­té pro­pre des Andes, fig­urée comme une entité aux exi­gences impéné­tra­bles. Dans un dia­logue ouverte­ment ironique (surtout au regard de la suite du réc­it et des cas de can­ni­bal­isme qu’il met en scène), l’un des stew­ards du vol pré­tend que la chaîne de mon­tagnes voudrait « avaler » ceux qui la sur­v­o­lent, mais que l’ingéniosité des avi­a­teurs aurait mis en échec son appétit (« on est plus malins », se vante-t-il). Ce même stew­ard, pour achev­er de con­va­in­cre les quelques pas­sagers tout de même inquiétés par les sec­ouss­es répétées, va jusqu’à dessin­er la façon dont le pilote a choisi de con­tourn­er les dan­gers de la cordil­lère : pour éviter les vents trop puis­sants des som­mets, l’avion passe par une val­lée. Mais en alter­nant des plans sur le tracé du dessin et la tra­jec­toire de l’appareil, Bay­ona mon­tre pour­tant que la mon­tagne sem­ble attir­er l’appareil dans d’épais nuages tem­pétueux. La sit­u­a­tion se dégrade alors rapi­de­ment, comme en témoigne le tra­vail sur le son : à l’extérieur, la pluie glacée sem­ble ronger le revête­ment de l’avion, tan­dis que la puis­sance du vent fait grin­cer la car­lingue et gron­der les moteurs. Par­al­lèle­ment, les plans rel­a­tive­ment fix­es et longs du début du tra­jet lais­sent place à un mon­tage plus heurté, ryth­mé par les chocs et les trous d’air. Jusqu’à ce que l’avion dis­lo­qué s’écrase sur les som­mets, dans un grand fra­cas de corps broyés de toutes parts et finale­ment bel et bien « avalés » par la fer­me­ture au noir ponc­tu­ant la séquence.

La suite est mal­heureuse­ment moins inspirée, autant dans la manière dont Bay­ona met en scène sa fas­ci­na­tion pour les som­mets que dans sa volon­té de dépein­dre un petit groupe de sur­vivants. S’il entend filmer les dif­férents phénomènes naturels comme l’expression du tem­péra­ment de la mon­tagne (calme du froid sec, défer­lement de la tem­pête, éboule­ment soudain, etc.), le cinéaste ressasse des effets qui tour­nent à vide, tels ces nom­breux plans de drones cares­sant le man­teau neigeux, ou les innom­brables panora­mas mon­trant les per­son­nages isolés dans l’immensité du décor. Les con­flits moraux extrêmes amenés par les cir­con­stances ne font que mod­uler à la marge les choix de mise en scène, le grand angle venant par endroits se rajouter aux gros plans pour exac­er­ber encore un peu plus la détresse des pas­sagers. En vérité, après son décol­lage mou­ve­men­té, Le Cer­cle des neiges sem­ble vite pass­er en pilote automa­tique.