La veille de Noël, un enfant est touché par une balle per­due lors d’un affron­te­ment entre gangs rivaux ; son père, en voulant rat­trap­er les tueurs, finit quant à lui blessé à la gorge et perd l’usage de sa voix. Muet et en plein deuil, le voilà lancé dans une quête ven­ger­esse pour élim­in­er l’entièreté de la pègre locale respon­s­able de la mort de son fils. Des pré­parat­ifs jusqu’à l’exécution du plan fatal, Silent Night avance ain­si sans dire un mot, ani­mé par un pro­gramme de pure série B. John Woo trou­ve ici un pré­texte pour exac­er­ber l’essence de son ciné­ma explosif : délesté de dia­logues à met­tre en scène, le cinéaste chi­nois n’a plus qu’à faire par­ler les corps et la matière. De loin, le con­cept ressem­blait à une bonne idée, d’au­tant que Woo retrou­ve une cer­taine vigueur formelle lorsqu’il s’agit de mul­ti­pli­er les effets numériques ou de filmer des cours­es-pour­suites en voiture, la ner­vosité des mou­ve­ments motorisés se mari­ant à mer­veille avec son style tape-à‑l’œil, ivre de slow motion et de trav­el­lings acro­ba­tiques.

Mais le choix de recourir à un per­son­nage muet s’avère vite à dou­ble tran­chant : en évi­dant son film de tout parole, les cou­tures de la mise en scène et la médi­ocrité des choré­gra­phies sont aus­si plus appar­entes. Devant ce revenge movie aux accents vidéoludiques, dif­fi­cile de ne pas penser à la saga John Wick, au regard notam­ment de son morceau de bravoure – un plan séquence (truqué) dans un escalier en spi­rale, où le père endeuil­lé exé­cute un à un les mal­frats qui se présen­tent à lui comme dans un shoot­er à la troisième per­son­ne. Si John Wick doit presque tout à John Woo, la com­para­i­son n’est plus à l’avantage de ce dernier, dont le ciné­ma appa­raît ici étrange­ment mou, voire dévi­tal­isé. L’affrontement final en témoigne : le cinéaste y échafaude un décor superbe, com­posé de miroirs cir­cu­laires et de pro­jec­tions murales psy­chédéliques, pour finale­ment bâcler le tout en deux temps trois mou­ve­ments. Si Woo n’a plus grand-chose à dire (au point d’avoir judi­cieuse­ment opté pour le silence), on regrette surtout qu’il n’ait pas non plus grand-chose à mon­tr­er.