On jur­erait l’intrigue sor­tie du cerveau de Stephen King, et pour cause : le scé­nario de Black Phone est tiré d’une nou­velle de Joe Hill, fils du roi de l’épouvante, qui ne se cache pas d’investir le même imag­i­naire que celui de son père. Le réc­it prend place dans une petite ville du Col­orado plongée dans la ter­reur à la suite de plusieurs enlève­ments d’enfants par un mys­térieux indi­vidu masqué. Vient le tour du per­son­nage prin­ci­pal, Finney, séquestré dans un sous-sol vétuste où trône un vieux télé­phone noir qui, de manière inex­pliquée, lui per­met de com­mu­ni­quer avec les précé­dentes vic­times du tueur en série. Par­al­lèle­ment, sa petite sœur est sujette à des rêves pré­moni­toires grâce aux­quels elle récolte des indices sur l’emplacement de la tanière du kid­nappeur. De ce pur canevas kingien, le film tire quelques éclats (les pre­mières appari­tions ellip­sées du tueur, cas­sant l’harmonie duveteuse du teen movie), mais aus­si de nom­breuses scènes sur courant alter­natif, où Scott Der­ick­son ne sem­ble jamais trou­ver la juste mesure quand il s’agit de faire sur­gir l’horreur.

C’est comme si le film oscil­lait en per­ma­nence entre un trop peu et un trop-plein. Ici, le sadisme de l’antagoniste est sug­géré, voire con­tenu ; là, un pas­sage à tabac entre enfants ou la vio­lence d’un père alcoolique sont fig­urés frontale­ment avec une bru­tal­ité exces­sive. Ce souci d’équilibrage tient aus­si à la nature com­pos­ite du réc­it, qui tire de l’enfermement de Finney un dis­posi­tif assez peu con­va­in­cant : cha­cune de ses con­ver­sa­tions avec les fan­tômes est l’occasion de décou­vrir un élé­ment qui pour­rait per­me­t­tre au garçon de s’évader. Il s’agit d’une logique avant tout nar­ra­tive, en cela que chaque pièce du puz­zle révélera son véri­ta­ble poten­tiel au cours du dénoue­ment ; formelle­ment, en revanche, le dia­logue avec les morts s’accompagne d’un sur­gisse­ment d’images éculées pour combler le vide – corps ren­ver­sé comme dans L’Exorciste, jump scares arti­fi­ciels, etc. Seule étrangeté à met­tre au crédit du film : l’étonnante ressem­blance de Mason Thames, l’interprète de Finney, avec Chris Mulkey (con­nu pour le rôle d’Hank Jenk­ins dans Twin Peaks), qui con­fère à ses traits juvéniles un petit quelque chose d’inquiétant.