Depuis quelques années, cer­tains pro­duc­teurs hol­ly­woo­d­i­ens sem­blent pren­dre un malin plaisir à détru­ire l’image du « ciné­ma fan­tas­tique » améri­cain en nous livrant une série de films et de remakes affligeants – les Saw, Mas­sacre à la tronçon­neuse : le com­mence­ment, L’Exorcisme d’Emily Rose… Ce triste mou­ve­ment se car­ac­térise par une écri­t­ure, une pro­duc­tion, une inter­pré­ta­tion et une mise en scène déplorables. On a rarement vu un ciné­ma aus­si bling-bling, pur pro­duit de con­som­ma­tion rapi­de, qui méprise avec autant d’arrogance l’intelligence de son pub­lic. Si Le Jour où la Terre s’arrêta, remake de l’œuvre de Robert Wise, fait par­tie de ce courant, il s’en dis­tingue par un élé­ment assez oppor­tuniste – il est l’un des pre­miers films à sig­ni­fi­er l’arrivée du messie améri­cain : Barack Oba­ma.

Le film de Robert Wise – sor­ti en 1951 – est une belle parabole sur la bêtise idéologique de la guerre froide : Klaatu, un extrater­restre à l’apparence humaine, vient délivr­er un mes­sage de paix à une Terre en proie à la destruc­tion nucléaire ; il dépasse la querelle des camps Est/Ouest pour désign­er comme seul respon­s­able la nature même de l’Homme. Traqué par des humains en proie à la para­noïa et la peur de l’autre, l’extraterrestre se fait sa pro­pre idée sur l’humain grâce à une femme et son enfant. Avec ce remake, on passe de la guerre froide aux préoc­cu­pa­tions écologiques de notre temps : Klaatu vient nous faire la morale sur notre propen­sion aveu­gle à détru­ire notre planète. Les épo­ques et les thé­ma­tiques changent, les straté­gies com­mer­ciales égale­ment : l’écologie est dev­enue un véri­ta­ble argu­ment mar­ket­ing qui fait le bon­heur des grandes com­pag­nies – notam­ment les Majors améri­caines – qui vendent en don­nant bonne con­science à leurs cibles. On aurait préféré que notre bel extrater­restre vienne dis­sert­er sur l’actuelle oppo­si­tion entre les fameux « axes du bien et du mal », ce qui aurait été bien plus per­ti­nent et risqué que le dis­cours très con­sen­suel du film. Il s’oppose alors rad­i­cale­ment à l’aspect sub­ver­sif de l’œuvre orig­i­nale. Mais ce qui peut intéress­er dans cette pro­duc­tion, c’est que Klaatu se fait un avis sur les humains grâce un enfant noir élevé par une femme blanche – Jen­nifer Con­nel­ly. La référence à l’actuel Prési­dent des États-Unis est alors fla­grante : la famille recom­posée, la mère blanche, le père dis­paru. Dès son arrivée sur Terre, notre extrater­restre, métaphore évi­dente de l’étranger, est attaqué par l’armée améri­caine en signe de bien­v­enue. On retrou­ve ain­si l’aspect ultra-mil­i­tariste et fer­mé de l’administration Bush. L’angélisme de l’enfant noir va alors être un révéla­teur pour notre messie, qui reprend foi en la nature humaine. Yes we can !

Voici la grande orig­i­nal­ité d’un film qui ne mar­quera pas l’histoire du ciné­ma tant cette idée, comme celle de l’écologie, sent l’opportunisme : ce métrage souf­fre d’une trop grande inco­hérence entre sa forme et son dis­cours pour être véri­ta­ble­ment hon­nête. Voir Keanu Reeves dis­sert­er sur notre human­ité dans un McDon­ald’s vul­gaire­ment mis en évi­dence est assez sur­réal­iste, voire trag­ique. En quelque sorte, il se fait un avis sur notre société en se délec­tant de quelques ham­burg­ers arrosés de Coca dans un fast-food. On peut alors aisé­ment com­pren­dre que Klaatu souhaite nous laiss­er mourir suite à la décou­verte de ces traits majeurs de notre cul­ture. N’oublions pas les mul­ti­ples plans sur la belle berline – usant sûre­ment de bio-car­bu­rant – qui l’amène à la décou­verte de notre monde et l’importance filmique don­née à la mar­que de porta­bles qui lui per­met de com­mu­ni­quer avec l’Homme. Com­ment croire alors aux mes­sages que veut nous délivr­er ce film ? Il n’est qu’une gigan­tesque pub­lic­ité qui se fait pass­er pour une hum­ble parabole sur notre human­ité. Cette œuvre est égale­ment gan­grenée par des métaphores religieuses très mar­quées : Klaatu est une sorte de messie dont les cicatrices/scarifications se refer­ment par magie et qui guérit les indi­vidus par appo­si­tion des mains. Si dans l’œuvre orig­i­nale cet aspect était déjà très présent, la sci­ence était aus­si là pour délivr­er la rai­son. Cela sem­ble beau­coup moins évi­dent ici avec une fin très ambiguë où notre belle fig­ure chris­tique se sac­ri­fie pour l’humanité.

Que dire égale­ment de la mise en scène de Scott Der­rick­son ? Ce film sem­ble avoir été remon­té plusieurs fois – d’où sa durée anor­male­ment courte pour un block­buster – avec des séquences qui se suiv­ent sans queue ni tête en rai­son d’ellipses incom­préhen­si­bles. On pour­rait alors penser que les effets spé­ci­aux vont sus­citer quelques émois visuels. Eh bien non, c’est assez laid, le fameux robot de l’œuvre de Wise – min­i­mal­iste – devient ici un gigan­tesque golem mal ani­mé et assez fade. Cette esthé­tique est alors cohérente avec la vul­gar­ité du métrage. En somme, ce film n’est qu’un énième pro­duit écrit à la va-vite et inter­prété par des acteurs qui sem­blent se deman­der ce qu’ils font là, à part Keanu Reeves, qui paraît réelle­ment impliqué dans son rôle d’extraterrestre tant son jeu est rigide et figé. Mais est-ce un rôle de com­po­si­tion ? C’est l’une des grandes ques­tions que soulève le film, bien plus que son apport à la prise de con­science écologique et à l’ère obami­enne.