Satire de la star­i­fi­ca­tion numérique prenant place dans les rues de Los Ange­les, Main­stream retrace la ren­con­tre entre Frankie, une appren­tie vidéaste, et Link, un comé­di­en sans tabou mais sans-le-sou, qui sera amené au fil de leur col­lab­o­ra­tion à devenir une icône sul­fureuse sur Youtube. Cette his­toire est aus­si, évidem­ment, celle de la ren­con­tre entre Gia Cop­po­la, cinéaste han­tée comme son per­son­nage par la perte d’un père, et Andrew Garfield, acteur qui prend ici à revers le rôle qu’il incar­nait dans Under the Sil­ver Lake. Pour­tant plongé dans les mêmes décors (jusqu’au cimetière du film de David Robert Mitchell, ici le théâtre d’une soirée alcoolisée), l’adulescent paumé dans les labyrinthes de signes du con­tem­po­rain a lais­sé place à un cabot déver­gondé et imbu de lui-même. De l’un à l’autre, le jeu de Garfield atteste de cet écart. Son vis­age juvénile et ras­sur­ant, dis­sim­u­lant une ani­mal­ité insoupçon­née, n’est plus le réser­voir fausse­ment cré­d­ule d’une han­tise quelque peu mal­adive, celle de ne plus être l’ac­teur mais le spec­ta­teur impuis­sant de son pro­pre des­tin (The Social Net­work, 99 Homes, Silence et donc Under the Sil­ver Lake). Il devient ici la sur­face sur laque­lle s’impriment les turpi­tudes d’une idi­otie très con­trôlée, singeant le jeu érec­tile de Jim Car­rey dans The Mask ou Menteur, menteur sans jamais par­venir, comme ce dernier, à atom­iser le film de l’intérieur. Le long-métrage de Gia Cop­po­la est à l’image de ce revire­ment peu ent­hou­si­as­mant dans la car­rière de l’acteur, préférant retran­scrire plate­ment les étapes d’un rise and fall vu et revu plutôt que d’alimenter, voire d’exacerber, la bouf­fon­ner­ie pas­sagère de Garfield. Exem­plaire­ment, le réc­it s’in­téresse de moins en moins au per­son­nage de Link à mesure que s’affirme la per­son­nal­ité de Frankie, délais­sant la part bur­lesque de leur coopéra­tion au prof­it d’enjeux nar­rat­ifs rebat­tus. Éman­ci­pa­tion du dik­tat socié­tal sur fond de tri­an­gle amoureux, suc­cess sto­ry puis déclin avant une tirade finale en forme de réquisi­toire à l’encontre des fameuses « dérives » d’Internet : per­suadé de sa pro­pre vir­u­lence, le film en devient même involon­taire­ment gênant. Gia Cop­po­la aura beau maquiller sa mise en scène (atone) de motifs et d’effets liés à l’esthétique post-inter­net (GIF cri­ards incrustés à l’image, emo­jis qui se super­posent à cer­tains vis­ages, glitch­es pré­fab­riqués et fil­tres Snapchat), sa sig­na­ture ne con­siste ici qu’en un cachet cos­mé­tique cher­chant à mas­quer, en vain, la fatu­ité d’un film qui n’a rien à mon­tr­er ou à dire de per­ti­nent sur son époque.